Le drone de la dame au clebs

« Les drones survolent les populations du nord-ouest vingt-quatre heures sur vingt-quatre, frappent des véhicules, des maisons et des espaces publics sans sommation. Leur présence terrorise les hommes, femmes et enfants, créant un traumatisme psychologique. Les habitants doivent vivre dans la crainte permanente de pouvoir être frappés à tout moment par un bombardement meurtrier, sachant qu’ils n’ont aucun moyen de s’en protéger » (extrait du rapport Living under drones, citation traduite pas Le Monde)

Je sais bien qu’un jour ou l’autre il me faudra répondre à mon fils lorsqu’il me demandera comment nous en sommes arrivés là. Je ne veux pas me défiler, je ne veux pas que ma mémoire défaillante m’empêche de lui expliquer comment, de petits silences lâches en minuscules lâchetés silencieuses, je nous ai laissés mener sous le bourdonnement des drones. Alors je jette ici quelques notes, pour pouvoir, le moment venu, lui raconter, à défaut de réussir à expliquer pourquoi j’ai laissé faire.

Je me souviens du 21 avril 1996. Le président tchétchène Doudaïev, depuis un maquis où il dirige la résistance contre l’invasion russe, décroche son téléphone satellite et meurt, tué par un missile qui l’a localisé grâce au signal de son téléphone. À peine nés, les téléphones mobiles venaient de se transformer en balises capable de mener la menace jusqu’à nous, où que nous nous terrions.

Je me souviens du 30 octobre 2006. Des avions commandés depuis des bunkers à des milliers de kilomètres ont bombardé une école d’un village pakistanais. 69 enfants sont morts en allant en classe. Une analyse erronée de données avaient pris pour un camp d’entrainement de combattants ce qui n’était qu’une école. Bien d’autres méprises suivront, la moindre fête de village, les moindres pétards célébrant un mariage pouvant être interprétés par les grandes oreilles électroniques comme un rassemblement d’opposants à éliminer.

Je me souviens qu’en 2012, on a découvert qu’une chaine de supermarchés pouvait deviner avant ses parents qu’une fille était enceinte. De publicité en publicité, toujours mieux ciblées, on a commencé à réaliser que nombre de marchands en savaient plus long sur nous que nos proches, en analysant nos achats, notre comportement sur leur site Web ou en nous pistant via nos téléphones. Et que ces précieuses informations leur permettaient d’influencer nos comportements, de nous pousser à acheter sans relâche leur insipide et inutile rata.

Bien sûr, nous savions depuis longtemps que la carotte et le bâton sont les deux visages du même pouvoir. Huxley et Orwell. Publicité, propagande, marketing pour formater, milices pour couper tout ce qui dépasse. Dans leur version civile, les algorithmes nous classent dans de petites cases pour mieux nous manipuler et veiller à ce qu’on ne sorte de la ronde infernale entre l’usine et le supermarché que pour aller au cimetière. Dans leur version militaire, les mêmes algorithmes ont commencé à nous classer dans des petites cases selon notre danger supposé pour le système. Nous sommes devenus la somme de toutes nos actions mesurées par les capteurs.

Je me souviens que sur Internet, peu à peu des programmes ont commencé à se substituer aux humains pour juger ce qui était bien ou mal et sanctionner toute déviance. Ça a commencé par le filtrage des commentaires en fonction de mots clés. Peu à peu, la machine à séparer le bon grain de l’ivraie s’est développée. En 2013 par exemple, une vieille démocratie, la Grande Bretagne, a mis en place un système de filtrage automatique des contenus. Tous les sites évoquant certains sujets ont été bloqués par des programmes zélés mais peu intelligents. Les sites qui promouvaient le viol comme ceux qui donnaient des conseils aux victimes. Ceux qui faisaient l’apologie de la haine comme ceux qui luttaient contre. Peu importait le contenu réel, le robot jugeait et sanctionnait selon sa propre compréhension. Et on s’y est habitués, habitués à ces décisions complètement arbitraires mais forcément logiques, puisque issues de programmes qui, aussi monstrueusement complexes soient-ils, n’en restaient pas moins binaires, donc neutres, objectifs, c’est du moins ainsi qu’on nous les vendait.

Je me souviens avoir assisté en spectateur attentif mais inerte à ce glissement de la justice. Peu à peu, il ne s’est plus agi de juger et punir des coupables pour leurs actes, mais d’identifier, en fonction de leur comportement, de potentiels ennemis et de les neutraliser préventivement. Envoyer un robot tuer préventivement toute personne dont le comportement laissait présumer qu’elle pourrait devenir un danger. Et ainsi, du Pakistan au Yemen, dans toutes les contrées au delà du /limes/ les gens ont progressivement appris à vivre avec le bourdonnement des oiseaux métalliques qui, de très haut dans le ciel, viennent châtier sans procès des cibles choisies semble-t-il au hasard, et quiconque a le malheur collatéral de passer à proximité. Kafka a pris place aux côté de Huxley et Orwell. Nul ne se croit plus innocent. Chacun sait qu’il est juste en sursis, juste ignorant des charges qui pèsent contre lui et de la sanction inscrite dans le code source pénal des robots bourreaux.

Je me souviens que c’est en 2013 qu’on a eu confirmation de ce qu’on soupçonnait en riant : les gouvernements espionnaient toutes les facettes de nos vies, et des algorithmes décortiquaient le moindre de nos actes, la moindre de nos paroles, pour deviner le plus précisément possible notre profil et, évidemment, anticiper nos actions, agir pour les influencer. Les outils élaborés par le marketing pour déclencher une impulsion incontrôlable d’achat, étaient utilisés par les pouvoirs pour nous contrôler. Évidemment, parmi les milliards de données qu’ils livraient sur nous, nos téléphones permettaient de nous suivre à la trace, de savoir où nous avions été à tout instant des dernières années, où nous étions et de prédire où nous trouver. Nous aurions pu tout aussi bien nous promener avec une cible collée sur le front.

Je crois bien que c’est la même année qu’a commencé le travail de propagande pour nous faire accepter les robots volants dans notre quotidien. On nous les a présentés comme des sortes de lutins du père Noël qui viendraient nous apporter en quelques minutes tout ce qu’on verrait et commanderait en ligne. Il fallait rendre sympathiques ces quadricoptères, nous habituer à entendre toute la journée leur bourdonnement.

Je me souviens que nous avons progressivement abdiqué à mesure que nous découvrions le pouvoir des algorithmes. Ils ont commencé à contrôler nos vies, à nous surveiller et nous punir. Le monde est devenu un panoptique où chacun de nos actes, chacune de nos paroles, est analysée, soupesée, cataloguée, jugée. Les algorithmes, comme les marchés, sont partout mais n’ont pas de visage, sorte de dieux terribles, omniscients et omnipotents, mais invisibles, diffus. Nous avons progressivement oublié que les algorithmes, comme les marchés, comme les dieux, sont créés et contrôlés par des humains dont ils servent les buts. On peut lutter contre des hommes et leurs œuvres, mais affronter les dieux, les marchés ou les algorithmes n’est donné qu’à de rares Prométhée. Alors nous avons abdiqué.

Je me souviens que le 21 janvier 2014 les autorités ukrainiennes ont commencé à utiliser les téléphones portables pour identifier les participants à des manifestants et leur envoyer des menaces. Une pratique qui s’est rapidement généralisée, dissuadant beaucoup de gens d’encore manifester ou prendre part à une quelconque protestation civile.

C’est à ce moment là que nous avons commencé à comprendre que nous étions tous Afghans ou Somaliens, qu’il allait falloir s’habituer à vivre avec le bourdonnement des drones, que ce que nous appelions innocence n’était que l’ignorance de ce que les algorithmes pourraient nous reprocher. Que nous avons compris que le moindre de nos gestes était analysé, catégorisé, servait à dresser de nous des profils, et que si dans un de ces profils un programme détectait un motif suspect, nous allions devenir une cible. Nous avons compris que les drones qui bourdonnaient en permanence au dessus de nos têtes pour livrer des colis étaient comme autant d’épées suspendues à un fil qui à tout instant pouvaient venir nous administrer un châtiment décrété par la machine. Nous étions pris au piège, paralysés par les milliers d’yeux d’araignées en train de nous disséquer. Il était trop tard pour leur échapper.

Et les drones passent au dessus de nos têtes.

La mémoire des DNS

Un nouvel article signalé par Agnès me ramène à la nécessaire réflexion sur l’avenir de nos données après notre mort. Je réalise que les fameux silos centralisés et privatiseurs de contenus sont probablement plus pérennes que nos solutions auto-hébergées de guicks. Si je meurs demain, ce carnet ne me survivra que quelques semaines. Il est hébergé sur un serveur dont je paie le loyer au fil de l’eau. Sans ré-alimentation du compte chez Gandi, mon serveur et tout ce que j’y héberge disparaitra en moins de deux mois. Mon précédent carnet, associé au nom de domaine clochix.net pourrait survivre un peu plus longtemps, je renouvelle généralement le domaine pour plusieurs années. Probablement pas plus de trois ans. Par contre, les sources de ce carnet, hébergées sur Github, pourraient bien être plus pérennes. Avec un peu de chance, elles resteront disponibles tant que Github existera et ne fera pas de ménage dans les dépôts inactifs. Mes quelques contributions sur des sites centralisés, Twitter, Google+, Github, pourraient bien être les dernières traces de ma présence en ligne quelques années après la mort de mon être AFK.

Bien sûr, certains d’entre nous mettent en place des testaments numériques où nous confions nos clés à un proche pour qu’il mette de l’ordre dans nos affaires après notre disparition. Mais cela reste à mon avis une solution fragile, peu fiable sur le long terme. Il nous faudrait un service public de cimetière numérique, avec des concessions « perpétuelles ». Où figer et héberger pour quelques temps l’ensemble de nos contributions numériques. Et cela m’amène à la pérennité des noms de domaine. On n’est jamais propriétaire d’un nom de domaine, juste locataire pour quelques années. Serait-il légitime de conserver ces noms après notre mort ? Je ne le pense pas, les NDD sont une ressource commune que nous privatisons temporairement. L’hétéronyme Clochix ne m’appartient pas, je ne vois pas au nom de quoi j’interdirais pour l’éternité à d’autres d’utiliser l’adresse clochix.net. Et pourtant j’aimerais bien ne pas casser le Web, qu’après ma mort les liens vers mes billets ne se retrouvent pas soudain brisés. Que des redirections amènent les visiteurs vers le cimetière des billets.

Il faudrait pour cela ajouter un historique au DNS. Avoir la possibilité de résoudre une URL à une date précise. Demander la représentation de la ressource http://clochix.net/toto/titi en janvier 2014. Les serveurs DNS indiqueraient que les URLs de ce domaine en janvier 2014 sont à présent gérées par le serveur http://open-cemetery.org. Lequel aurait toutes les redirections qui vont bien. En fait, ce qu’il faudrait, c’est une sorte de négociation de contenu pour les requêtes DNS. (il existe déjà des services privés comme par exemple DomainTools qui conservent un historique des versions des enregistrements DNS et permettent de retrouver la version valide à une date donnée. Une normalisation de ce type de service serait bienvenue, avec possibilité de ré-écrire l’historique afin de pointer vers un cimetière).

Qu’en pensez-vous ?

Révolution Culturelle

Je n’ai pas très bien compris où David voulait en venir dans son dernier billet, mais une phrase m’a fait tiquer : « En fait la communauté des Logiciels Libres est tellement peu consciente des problématiques d’expérience utilisateur qu’il y aurait un marché pour n’importe quel outil Open-source dont l’ergonomie et le design seraient retravaillés. »

Je ne suis pas d’accord pour dire que la communauté des Logiciels Libres n’est pas consciente des problématique d’expérience utilisateur (que vous me pardonnerez d’abréger UX si dessus, pour économiser quelques octets). D’abord parce que je ne crois pas vraiment à l’existence d’une communauté du logiciel libre. Il y a autant de sectes que de familles (libristes contre apolitiques du code ouvert), de licences, de projets, et même au sein des projets les motivations divergent souvent. Toute généralité est donc fausse. Et je ne parlerai par la suite que de mon cas personnel, en tant que développeur qui partage de temps en temps du code sous une licence libre, et accessoirement de bénévole sur un projet où, n’ayant pas de compétences suffisantes en développement, j’interviens surtout comme être de la mythologie nordique.

Mes principales motivations pour développer des projets personnels ou participer à des projets libres sont :

  • m’amuser / apprendre. C’est par exemple le cas de FxStumbler, expérience pour m’entrainer à coder pour Firefox OS. L’UX du projet est désastreuse, et je m’en fous, je ne le développe que pour moi (étrangement, je crois que c’est pourtant mon seul projet qui a d’autres utilisateurs). (accessoirement, l’impossibilité de distribuer l’application à cause de certaines limitations de l’écosystème Firefox OS me dissuade de faire des efforts d’UX) ;
  • répondre à un de mes besoins. Lorsque Twitter a cessé de fournir un flux ATOM avec les gazouillis de mes contacts, il m’a fallu bricoler un outil pour satisfaire mon besoin, à savoir pousser ce flux vers une boite aux lettres IMAP. Ainsi naquit mon pont Twitter vers IMAP. C’est un simple outil en ligne de commande, avec moult options. J’en suis le seul utilisateur et probablement un des rares humains à avoir ce besoin. Je n’ai donc fait aucun effort pour le documenter ou le rendre utilisable ;
  • avoir davantage de contrôle sur ma vie. Sauver le monde. Ce sont les raisons pour lesquelles je participe à Mozilla. Mozilla est un projet qui s’adresse aux Moldus et non aux sorciers du code. Un projet qui veut leur permettre de ne pas se faire déposséder de leur vie numérique par des outils sur lesquels ils n’auraient aucun contrôle. Mozilla n’a donc pas d’obligation de moyens mais de résultats. Firefox et ses déclinaisons doivent être utilisés, il en va de l’avenir du Monde Numérique Libre. Donner envie à chacun et chacune de l’utiliser est une priorité qui guide le projet. C’est pour cela que je suis si souvent critique à l’encontre de l’itinéraire choisi : il privilégie l’expérience utilisateur plutôt que la puissance pure pour les experts.

À travers ces motivation, on voit se dégager les deux cultures évoquées dans un récent article. Une culture de développement d’outils pour soi-même (ou d’autres bidouilleurs), avec lesquels on veut pouvoir avoir un dialogue riche selon nos propres codes. Et une culture de développement pour répondre aux besoins de Moldus qui souhaitent juste utiliser des outils les plus transparents, fluides, possible.

J’ai l’impression que beaucoup de projets de logiciels libres ont été créés par des gens immergés dans la première culture, et visant avant tout à créer des outils pour eux et leurs pairs. Faire évoluer ces projets pour les rendre utiles au commun des mortels demande une révolution culturelle. Demande aussi d’accepter d’en perdre le contrôle, de voir son enfant s’émanciper et prendre d’autres routes, influencé par des gens avec lesquels on n’est pas forcément d’accord. Accepter que les considérations techniques (performance, beauté du code) ne président plus à chaque décision, mais s’effacent parfois devant d’autres domaines, l’UX, le stylisme, voire, calamité entre toutes, la mercatique.

Donc, pour répondre à David. En tant que contributeur occasionnel à des projets libres, le souci n’est pas (ou plus) que je ne suis pas conscient des problématiques d’UX. Je commence, l’âge venant, à en être de plus en plus conscient. Et je pense que la prise de conscience est assez générale, d’autant que nombre de développeurs codent probablement sur leur temps non libre des logiciels pour le grand public. Mais. Parfois je me fous de l’UX, parce que je suis ma cible principale. Parfois je m’y intéresse, mais je suis bien trop imprégné de ma culture UNIXienne (et, je l’avoue, profondément hostile à tout ce qui ressemble à une interface graphique) pour être capable de prendre en charge moi-même cette problématique. Et la difficulté à laquelle je me heurte est alors de trouver de l’aide. C’est le cas par exemple pour Àlir. Un projet mi-égoïste (je veux avoir un outil de lecture différé sur mon Firefox Phone), mi-altruiste (j’ai envie que d’autres disposent d’une alternative indépendante à Pocket). Mais l’UX d’Àlir est déplorable. Parce que je ne cesse d’ajouter de nouvelles fonctionnalités en cherchant davantage à les faire fonctionner qu’à comment les intégrer harmonieusement dans l’interface. Parce que le projet est aussi un terrain de jeu, d’apprentissage et d’expérimentation, donc je fais pas mal de trucs foireux. Et parce que, malgré ma bonne volonté, je n’ai ni compétences en UX, ni sensibilité pour la chose. L’UX est une discipline à part entière, on ne s’improvise pas plus concepteur d’interactions que graphiste.

Et c’est là je crois l’enjeu. Si un projet Libre veut attirer des profanes, il doit d’abord s’ouvrir à d’autres compétences. Mais comment les trouver, les inciter à monter dans le bateau ? Il faut leur faire un accueil bienveillant, leur offrir une place à part entière, pas juste un rôle de caution. Leur permettre de devenir co-créateurs du projet. Et donc faire une Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en son sein.

(l’analogie avec le maoïsme n’est peut-être pas que nostalgique. Sans tomber dans certains excès des vaillants marins du Grand Timonier, nous aurions besoin de faire notre auto-critique, et de jeunes Gardes Rouges mettant de grands coups de pieds dans la « méritocratie » de certains projets libres pour y faire entrer un peu de sang neuf, non issu de l’aristocratie geeke).

A-t-on encore besoin d’atome ?

Lorsque sont apparus il y a quelques années les formats de syndication RSS puis ATOM, ils ont permis une importante évolution de notre usage du Web. Plus besoin désormais de faire régulièrement le tour de nos sites Oueb favoris pour savoir s’ils avaient publié de nouvelles histoires, nous pouvions en être avertis par des robots qui se chargeaient à notre place de cette veille. Mais à vrai dire, pour l’essentiel de leur utilisation, la valeur ajoutée de RSS et ATOM est faible. Ils fournissent juste une API, une version alternative d’une page d’un site, rendue nécessaire par la pauvreté sémantique du HTML du temps jadis.

À l’époque, pas moyen en effet d’indiquer au sein d’une page qu’une balise contenait le titre d’un article, que telle autre chaine était sa date de publication, etc. Le Web manquait de sémantique. Cette préhistoire est heureusement loin derrière nous, nous avons à présent les moyens de décrire finement la sémantique de nos pages, et plutôt trois fois qu’une, via au choix les microformats, les micro-données d’HTML 5 ou RDFa. Des vocabulaires existent pour décrire le contenu d’un journal, par exemple hAtom pour les micro-formats ou Blog pour les deux autres.

Pour permettre à un robot d’interpréter les pages de nos journaux, il n’y a désormais plus besoin de créer une version spécifique pour eux, formatée en RSS ou ATOM. L’ajout de quelques attributs dans le HTML servi à tous les visiteurs, humains ou non, devrait suffire. C’est une expérience que je mène ici. En consultant le code source de la page d’accueil de ce journal, vous devriez découvrir une bouillie d’attributs destinés aux robots. Bouillie car je me suis amusé à implémenter les trois formats, d’où pour chaque informations trois syntaxes redondantes.

Le résultat est visible par exemple via un outil de Google : données structurées extraites de ce journal. Vous pouvez vérifier que toutes les informations habituellement présentes dans les flux RSS/ATOM sont disponibles directement dans le HTML, rendant le flux ATOM redondant et inutile.

Généraliser ce comportement ne devrait pas être très compliqué. Vu le nombre de journaux utilisant quelques CMS tels que Dotclear, Wordpress, SPIP… fournir des modèles de page intégrant davantage de sémantique suffirait à rendre bon nombre de sites plus sémantiques. Le principal problème me semble plutôt à chercher du côté des clients. Analyser un fichier XML est plus simple qu’analyser du HTML 5 et en extraire des données encodées en RDFa ou autre. De bonnes bibliothèques capable d’extraire les informations sémantiques manquent encore.

Le Web est l’API, scandent certains zélotes. Dans le cas de nos journaux au moins, l’affirmation me semble justifiée. Ne reste plus qu’à la mettre en pratique.

PS: une API DOM implémentée par exemple par Firefox permet d’extraire les micro-données. Vous pouvez essayer ce code depuis la console de Firebug pour voir le résultat. Ce site envoyant les entêtes CORS kivonbien, ces quelques lignes de JavaScript devraient passer de partout.

Mises à jour

  • 8 janvier 2013 — j’ai créé un exemple de code montrant comment extraire les informations au format RDFa avec la bibliothèque Green Turtle ;
  • 9 janvier 2013 — Karl me signale le vocabulaire AtomOwl qui reprend tous les concepts d’ATOM et permet de les exprimer en RDF. Idéal donc pour baliser un carnet ;

Jeune Huron sous le sapin

Les enfants sont des sortes de Hurons. Avec leurs yeux neufs, ils nous aident à analyser les routines qui nous semblent naturelles mais ne sont que des constructions sociales.

Le dernier jour avant les vacances de noël, les enfant d’une école ont fait un petit spectacle, et reçu de menus cadeaux, quelques friandises et un livre. J’ai discuté le lendemain avec l’un d’eux. Il était persuadé que noël était passé. Il avait joué le spectacle qu’il répétait depuis des semaines, eu des cadeaux qui lui avaient fait très plaisir, fait la fête avec ses amis, voilà, c’est ce qu’il attendait. Et chaque fois que je lui parlais de la fête à venir, il me répliquait que je me trompais, qu’il avait fêté noël à l’école et que c’était fini.

Depuis quelques jours, un enfant exprimait le désir d’avoir un super-héros qui faisait semble-t-il fureur parmi ses collègues. Ses parents étaient plutôt rétifs au marketing qui inondait depuis des mois toutes les grandes surfaces de jouets à l’effigie de ce personnage. Ils avaient prévu quelques mètres cube de cadeaux, correspondant mi à d’autres passions de l’enfant, mi à leur propres projections, envies de l’orienter et de jouer avec lui. Mais l’expérience aidant, ils avaient quand même rajouté en bas de la commande au bonhomme rouge un gadget à trois sous dérivé de l’univers du super héros arachnide. Que croyez-vous qu’il arriva ? L’enfant délaissa évidemment tous ses autres cadeaux, n’ayant d’yeux que pour le gadget. À quiconque lui demandait ce qu’il avait reçu, il ne parlait, des étoiles dans les yeux, que de…

Tout cela est à vrai dire tellement évident. Mais qu’il est difficile de s’extraire des normes expliquant comment il faut « fêter » telle ou telle date. Se gaver à s’en rendre malade de certains aliments généralement insipides, quand rien n’est meilleur qu’une bière accompagnée de chips et d’amis. Offrir des monceaux de signes extérieurs d’affection. Se couler dans le moule, par paresse, ou pour protéger les siens du regard désapprobateur de la société pour quiconque marche hors du sentier.

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