Bars & Blogs

La vie, c’est comme une garde à vue. On se prend des claques, et mieux vaut fermer sa gueule car tout ce qu’on dira pourra se retourner contre nous. Et les blogs sont de bien mauvais substituts des bars.

Avant l’invention des Z’Internets, on sortait de temps en temps socialiser dans un bar. Quelques bières déliaient la parole, passé minuit on discutait avec de parfaits inconnus et on leur livrait tout ce qu’on avait sur le cœur. Ça coûtait bien moins cher qu’une séance sur le divan d’un charlatan et on se sentait mieux le lendemain, la tête pâteuse mais plus légère des terribles secrets dont on s’était débarrassé.

Peu à peu, les blogs et autres réseaux prétendument sociaux ont remplacé les bistros. Avec la même fonction, accueillir le trop plein lorsque la houle menace de faire déborder le lavabo. On déblatère et on se couche plus légers. Comme hier les autres colonnes soutenant le comptoir, nos lecteurs sont de parfaits inconnus qui n’ont que faire de nos histoires et les oublient sitôt lues.

Mais les paroles dans les bars se dissolvaient dans la fumée, filaient dans les égouts aussi vite et par le même chemin que les bières. Les écrits de nos blogs restent. Et parfois tombent devant de mauvais yeux.

Les bistros sont des endroits infiniment supérieurs aux blogs. Et je ferais mieux de redevenir alcoolique plutôt que de continuer à graver mes états d’âme dans des octets.

Décroissance

Le principal fait marquant de 2010, du point de vue de mes apprentissages, a probablement été mon retour à la console. En partie par réaction à l’envahissement de mon entourage par des Macs, en partie poussé par des contraintes techniques. Voilà plusieurs années que, cédant au marketing sur la « professionnalisation » de PHP, j’utilisais une usine à gaz censée faire « pro », à savoir Eclipse. Mais en 2010, j’ai dû me rendre à l’évidence. Faire tourner Eclipse (1Go) + Firefox (1Go)1 + un environnement de développement avec serveurs Web, bases de données, moteur de recherche, etc, nécessitait une machine avec 4Go de RAM pour être confortable. Or je n’avais pas envie d’entrer dans une course à la mémoire. Heureusement, c’est à ce moment là que j’ai eu la chance de travailler quelques mois avec @futurecat, utilisateur convaincu et convainquant de Vim. Je voulais depuis longtemps sauter le pas, sans oser me lancer. Marc m’a prouvé que Vim n’avait rien à envier, bien au contraire, aux IDE de kakous, et m’a aidé à me constituer un environnement. Qu’il en soit remercié. J’ai donc pu me débarrasser de ce bloatware d’Eclipse.

2010 a également été l’année où je suis passé à Firefox 4. Un millésime qui apportait avec moult pépites mais une grosse régression, de mon point de vue du moins : la fin du support des applications Web développées en XUL2. Or, j’utilisais quotidiennement une application Web en XUL, qui était au centre de mes communications, puisqu’elle comportait un client mail et un client XMPP capables chacun de gérer plusieurs comptes. Une seule URL, accessible de partout via Firefox, me permettait donc d’accéder à l’essentiel de mes moyens de communications. Avec l’arrivée de Firefox 4, il m’a fallu trouver un remplaçant à cette application, pour pourvoir continuer à lire mes mails et papoter de partout. Emporté par mon enthousiasme pour Vim, j’ai décidé de continuer mon retour à la console en passant à Mutt et Irssi, les deux tournant sur mon serveur à l’intérieur d’un screen3$ sur mon serveur.

Mutt n’est pas simple à prendre en main, mais heureusement sa documentation est très complète, et à présent que j’ai retenu les quelques commandes indispensables, il répond correctement à mes besoins. J’ai encore un peu de mal avec certaines fonctionnalités (la gestion des dossiers IMAP par exemple), et il faudrait peut-être que je passe à une version patchée.

En matière de papotage, irssi est un grand classique, suffisant mais sans plus. Sans doute n’ai je pas encore assez creusé du côté des scripts pour le rendre plus utilisable. Me manque surtout la correction orthographique (aucun des deux scripts que j’ai testés ne me satisfait). Quant au plugin XMPP, il fonctionne, mais plante de temps en temps et manque un peut d’ergonomie. Ma prochaine évolution sera sans doute de donner sa chance à weechat ou de passer à un client XMPP spécifique.

En quelques mois, une bonne partie de mon activité s’est ainsi trouvée déportée « dans le nuage », mais un nuage que je contrôle, un petit VPS. Ma machine s’en est trouvée grandement allégée, et, mes besoins ayant sérieusement diminué, je me suis enfin décidé à m’équiper d’un portable. J’ai opté pour une machine d’occasion, petit disque, 1Go à peine de mémoire, largement suffisante pour faire tourner Firefox et quelques terminaux (mon gestionnaire de fenêtres est depuis très longtemps Fluxbox, dont l’empreinte mémoire est négligeable). J’utilisais le même modèle professionnellement il y a 6 ans, et il me suffisait pour développer, c’est toujours vrai aujourd’hui.

Je n’ai jamais été un fan de matériel. Ne jouant pas, je n’ai jamais investi dans des machines puissantes, me contentant de suivre l’évolution des configurations de base. Mais je crois que désormais je vais arrêter de suivre cette évolution, et en rester à ma configuration actuelle: une machine d’occasion, petit processeur et 1Go de RAM. Elle suffit largement à mes usages. Bien sûr, je suis un gros geek aux usages extrêmement pauvres. Pas d’édition de musique ou de vidéo, à peine un peu de Gimp de temps en temps. La voie que j’essaie d’emprunter pour réduire l’empreinte de mon usage des gadgets électronique est un chemin de traverse qui ne conviendrait qu’à peu de gens. Hors de question de lancer une machine virtuelle pour tester un site sous windaube par exemple. Je n’ai pas non plus essayé de compiler Firefox sur cette machine, je pense que je la mettrais à genoux bien plus d’une heure. Qu’importe, elle suffit largement pour 95% de mes usages, et pour les autres, j’utilise au besoin des machines plus puissantes auxquelles j’ai accès. Mais je suis heureux d’avoir bifurqué sur ce chemin. Outre de me donner bonne conscience (« faites un geste pour l’environnement », je sais que cela reste très symbolique et insuffisant), elle m’a permis de retrouver le plaisir de la console.

  1. non que Firefox soit particulièrement gourmand, mais j’ai en permanence trois instances qui tournent, l’une pour développer, la deuxième pour surfer, et la troisième pour les opérations demandant un minimum de sécurité. Chacune est bien sûr gavée d’extensions, et j’ai souvent des dizaines d’onglets ouverts. Aujourd’hui, les gros progrès faits dans les dernières versions et l’utilisation de l’extension Dormancy ont considérablement réduit l’occupation mémoire de Firefox.

  2. en fait, elles sont toujours supportées, via l’installation d’une extension, mais je l’ai découvert trop tard.

  3. je me tâte pour échanger screen contre tmux, dont la gestion des “splits” me semble plus élégante. Ne me retient que la licence, screen étant sous GPL quand tmux est BSD.

Reality is hard

Brouillon rapidement jeté dans un bout de fichier avant de retourner tenir un stand Mozilla à la Surprise Partie Ubuntu

Il y a les beaux discours, les phrases que j’aime lire. We build Firefox to build freedom and excellence into the web. We build Firefox to make sure that each person can be sovereign over the technology he or she uses to interact with the web. We build Firefox to combine user sovereignty and freedom with a great product experience that enriches web life. (Mitchell Baker à l’occasion du septième anniversaire de Firefox). the spirit of Mozilla: making things, working together, and weaving a maker ethos into more parts of the web. And, having fun all along the way. (Mark Surman, à propos du Festival Mozilla de Londres)

Il y a la réalité telle que racontée dans les compte-rendus du Festival Mozilla de Londres. Les projets qui commencent à rencontrer le succès, comme Popcorn.js, qui collectionne les articles élogieux le présentant comme une mini-révolution pour l’utilisation de la vidéo en ligne et les documentaires Web. Les projets qui s’enracinent et sont porteurs de très jolies promesses: Hackasaurus pour apprendre le Web aux ados, MoJo pour le faire entrer dans les salles de rédaction. Les nombreux nouveaux talents, créateurs, éducateurs, journalistes… qui grâce à ces projets découvrent notre vision du Web, commencent à la partager et rejoignent la raïa des amoureux du Web Libre, qui le protègent, le font vivre et grandir.

Et puis il y a l’autre réalité. La réalité des utilisateurs. Pas tous. Ni toutes. Beaucoup. Je crois. Qui lorsque je commence à leur expliquer la spécificité de Firefox, ses valeurs, le soin qu’il met à leur laisser le contrôle, à leur permettre d’être maître de leur navigation, à leur fournir des outils pour protéger leur vie privée et bidouiller la glaise du Web, à leur expliquer que c’est un navigateur plein d’amour, que… me répondent qu’ils s’en foutent de tout ça, que tout ce qu’ils veulent c’est surfer, aller sur Facebook, et ne surtout pas être emmerdé par des fenêtres qui leur fassent perdre quelques secondes ou leur posent des questions auxquelles ils ne comprennent rien. Au fond, ils se foutent d’utiliser un navigateur, l’un ou l’autre, ils veulent utiliser le Web, l’outil importe peu, et je ne saurais leur donner tord.

La réalité du Web aussi, où 50% des navigateurs encore utilisés sont de vieilles bouses pleines de bugs et dépourvues d’outils permettant aux développeurs de facilement mettre au point leur code. Je refais du développement front depuis quelques mois et me suis très vite rappelé pourquoi j’avais arrêté il y a plusieurs années. Je m’en suis souvenu dès qu’il a fallu lancer une VM pour tester dans IE. Microsoft a beau faire beaucoup d’efforts à présent pour séduire les développeurs Web — ils viennent enfin de découvrir que l’avenir de l’informatique pourrait bien passer par là pendant quelques temps — je ne suis pas près d’oublier les journées entière de souffrance à essayer de rendre compatible des sites avec les bouses infâmes sorties de leurs usines. À leur pardonner tous ces matins où la première pensée est d’abandonner le développement Web pour ne plus avoir à subir ça.

Et bien sûr la réalité de Mozilla. Les petites incohérences qui font tiquer. L’utilisation intensive d’outils Google bien peu respectueux des utilisateurs. Les Macs, symboles s’il en est de l’informatique fermée, de tout ce que nous sommes censés détester, et qui pourtant fleurissent dès qu’il y a un Mozillien quelque part. Les passionnés qui pendant des années ont fait Mozilla et qui les uns après les autres partent. Hier encore, une triste nouvelle dans mon agrégateur Octobre 2002 – Novembre 2011 — Ou neuf années de contribution qui se finissent. — À compter de ce jour, je ne suis plus un mozillien.. Des départs d’autant plus difficile à admettre lorsque la réponse officielle est que ce sont des gens qui ont du mal à accepter les nécessaires changements. Quand la Fondation répond par des sessions Adapting to change, comme n’importe quelle boîte qui forme ses cadres à faire accepter à leurs troupes les nécessaires restructurations. La réalité encore de la maîtrise de l’anglais comme condition sine qua none pour s’investir dans le moindre projet de la Fondation. Peut être est-ce une spécificité française d’être aussi rétif aux langues étrangères. J’ai compris ces derniers jours que mon investissement dans Mozilla ne pourra jamais être que superficiel du fait de ce barrage. Mais je sais hélas qu’il en sera de même pour nombre de gens, de ces gens justement que Drumbeat voudrait faire entrer dans la famille. De ces gens auxquels je parle de Hackasaurus, MoJo ou Popcorn et qui ont des étoiles dans les yeux, jusqu’à ce que j’explique que pour participer, il faut baragouiner british. La réalité de tous les hackers, fans de la première heure du projet et qui s’y retrouvent de moins en moins à mesure que pour s’adapter au plus grand nombre il perd les caractéristiques pour lesquelles nous l’aimions.

La réalité d’un projet plus que jamais indispensable, mais dont je sais que la voie du succès passe par des chemins qu’il sera bien difficile à emprunter et dont l’on ressortira au minimum sali. La réalité est une claque permanente dans la gueule.

Arrêtons de nourrir Google !

bad english version below

Mozilla est entré ces derniers mois dans une nouvelle ère: la Fondation a décidé de défendre ses valeurs au delà du navigateur, en créant des logiciels qui donnent à l’utilisateur la maîtrise de son activité sur le Web, du terminal aux services en ligne. Il est un type de services en ligne sur lequel je trouve urgent que la fondation se penche: un service permettant de créer facilement des questionnaires et d’en analyser les résultats. J’ai vu passer cette semaine plusieurs questionnaires émanant de Mozilliens. Mozilla cherche à mieux connaître ses utilisateurs, leurs attentes, etc. C’est tout à son honneur. Mais pourquoi utiliser systématiquement les formulaires Google ‽‽‽ Est-ce que Mozilla n’est pas censé être différent ? Est-ce que Mozilla n’est pas censé faire de son mieux pour protéger ma vie privée ? Dans les discours, oui. Mais comment croire les discours lorsque dans les faits, pour des raisons de facilité, si je veux aider la Fondation en répondant à ses questionnaires, je suis obligé de révéler des détails personnels à Google ?

Il faut être cohérent, on ne peut pas continuer ainsi. Nous avons besoin au plus vite d’un service équivalent aux formulaires Google, hébergé par Mozilla. En installer un s’il en existe de libre. En développer un, ou en encourager le développement via WebFwd par exemple, si les alternatives libres existantes ne sont pas à la hauteur. C’est une question de cohérence. Nous ne pouvons pas continuer à interroger nos utilisateurs et à livrer leurs données à Google.

Stop feeding Google

Mozilla just entered a new era. The Foudation decided to fight for its values — openess, user sovereignty… — not only in the browser, but on the whole Web. Mozilla decided to create new pieces of software to allow the user to keep the control on the whole Web stack, from the devices to the services in the cloud. Among the many types of cloud services, I think that one we need without delay is a survey hosting service. Something simple that allow to create online surveys and analyse the answers. In the last days, I received notifications for 2 or 3 surveys created by Mozillians. That’s a great news: Mozilla wants to better know it’s users, their expectations, and so on. Great. But tell me: why am I always compelled to answer in Google Forms ? I thought that Mozilla was different ? I thought that Mozilla really cared about my privacy. Are this only words in the wind ? How can we convince people that our mission is not just some sort of marketing bullshit if when it’s time to go from words to facts, we are not irreproachable ? Today, if I want to help Mozilla by answering a survey, all my answers will feed Google.

We should be coherent. We should stop feeding Google with the informations our users share with us. We need an alternative to Google Forms. We need something hosted on our servers that don’t leak users data. We could maybe use some free software that allow the creation and analyze of survey. And if nothing exists that can fulfill our needs, we should develop that service, or help other people build a survey service that fit our values. Isn’t it one of the goal of WebFwd ? It’s just a matter of consistency, between what we say, and what we do.

Les extensions dans Firefox 8

Tu vois Tuco, les extensions Firefox se divisent en deux catégories: celles que tu as installées toi-même, et celles dont tu n’arrives pas à te débarrasser. Dans cette seconde catégorie, des extensions dont tu n’as souvent que faire et qui ont été installées par d’autres programmes. Par exemple le système d’exploitation, l’anti-virus, un lecteur multimédia, etc. Tu ne sais pas à quoi elles servent et tu ne t’en sers pas, donc mieux vaudrait les supprimer. Elles alourdissent inutilement ton navigateur et augmentent sa plantabilité. Mais malheureusement, elles sont souvent installées de telle sorte qu’on ne puisse pas les virer facilement depuis l’interface du navigateur. Firefox 8, dont la naissance est annoncée mardi 8 novembre, comme le temps passe, essaie d’apporter une solution : la première fois que tu le lanceras, il désactivera ces extensions et te présentera un dialogue listant toutes les extensions, en séparant celles que tu as installées et les autres, qu’il a désactivées. Tu pourras dans ce dialogue choisir les extensions que tu veux utiliser, parmi toutes celles installées.

Dans le futur, à chaque fois que tu lanceras Firefox, il cherchera de nouvelles extensions installées par d’autres programmes. S’il en trouve, il te demandera si tu veux l’utiliser, et, dans le cas contraire, la débranchera.

Voilà, à partir de mardi, tu contrôleras un peu mieux ce qui se passe dans ton butineur.

Mais…

Mais le souci c’est que Papy Brandon et Tatie Brenda — en bon petit-fils-neuveux tu leur as bien sûr installé Firefox — ne lisent jamais les boites de dialogue, donc vont se retrouver avec des extensions désactivées sans comprendre pourquoi — en plus de celles qui seront débranchées parce qu’elles ne sont plus compatibles avec la nouvelle version, mais ça c’est la sélection naturelle, Darwin, on n’y peut rien. La mission de Mozilla est de sauver le Web. La tienne est d’expliquer d’ici mardi ce qui précède à tous les gentils utilisateurs et à toutes les gentilles utilisatrices dont tu assures le support. Qu’elles et ils comprennent les boîtes de dialogue qui vont surgir. N’oublie pas d’en rajouter une couche sur ce gentil Firefox qui en fait toujours plus pour leur donner le contrôle.

Pour en savoir plus:

  • un billet sur le blog des extensions, expliquant tout cela en détail;
  • je ne trouve pas d’article potable en français, je rajouterai ici des liens si on m’en signale;
Fork me on GitHub