Le Web des applications arrive !

Le Web était initialement une plateforme de partage de documents. Il devient aujourd’hui de plus en plus une plateforme applicative, un endroit où l’on peut réaliser des traitements : communiquer par mail ou messagerie instantanée, traiter des photos, jouer, etc. Les applications Web profitent des gènes d’ouverture de la plateforme : n’importe qui peut relativement simplement écrire une application pour le Web qui sera accessible depuis tout terminal connecté au réseau. Les applications n’utilisant que les technologies du Web, leur code source est disponible, ce qui permet de partager le savoir : on peut étudier leur fonctionnement pour apprendre avant de créer les siennes. Cette caractéristiques est une des principales raisons du succès initial du Web des documents, elle conduira probablement également à un rapide succès du Web des applications.

Le Web était prévu au départ pour partager des documents. Pour offrir de nouvelles fonctionnalités, il faut inventer de nouvelles normes, et les implémenter dans les terminaux qui se connectent à la toile. HTML5 est une première étape dans cette direction, mais elle est loin d’être suffisante. Mozilla, pour garantir que le Web reste un médium ouvert et attractif, travaille donc à inventer de nouvelles fonctionnalités pour permettre de créer des applications Web toujours plus puissantes. Deux articles publiés ces dernières heures indiquent que l’on est en bonne voie.

Le premier annonce que vendredi prochain, le 2 décembre, se déroulera le premier test de l’infrastructure de gestion d’applications Web à laquelle travaille Moz.

Le second fait le point sur l’avancement des Web APIs, un ensemble de spécifications qui visent à permettre aux applications Web d’intéragir avec le terminal sur lequel elles s’exécutent, par exemple, sur un ordiphone, d’accéder à la caméra ou d’envoyer des SMS.

Les applis Web à la sauce Mozilla

Un monde meilleur combinerait la commodité et le plaisir d’utilisation des applications avec la puissance du Web. (…) Dans ce monde, le navigateur et les applications nous connecteraient tous deux à un Internet universellement accessible et interopérable, qui encouragerait l’innovation sans aucune censure. – Mitchell Baker (traduite par FrenchMozilla)

Il s’agit des premiers tests publics à grande échelle de l’architecture ouverte pour applications Web proposée par Mozilla. Les applications Web sont des sites Web que l’on installe dans son navigateur. Ils peuvent ainsi offrir plus de fonctionnalités, par exemple stocker des informations localement ou fonctionner même en l’absence de connexion au réseau. L’architecture proposée par Mozilla inclut une boutique qui permet d’acheter des applications et une extension pour les gérer dans le navigateur: explorer la boutique, installer ou supprimer une application, la synchroniser entre ses différents navigateurs (y compris celui de votre ordiphone). Elle comporte également de nouvelles interfaces permettant aux applications Web de communiquer avec le navigateur et l’ordinateur.

Vendredi, vous pourrez essayer cette architecture et participer à sa mise au point. La journée de tests est ouverte à tous et toutes (sous réserve, comme d’habitude, de parler anglais). Vous pourrez entre autres simuler l’achat d’une application, l’installer dans votre navigateur et la supprimer. Et bien sûr, essayer en avant première les premières applications développées par Mozilla, en particulier des jeux.

Comme je suis un peu curieux, j’ai installé la dernière version de l’extension de gestion de WebApps. Premier sourire : c’est une extension Jetpack, pas besoin de redémarrer, une icône apparaît dans la barre des extensions, qui donne accès à l’application. Deuxième sourire, on me propose tout de suite de me connecter en utilisant BrowserID, la technologie proposée par Mozilla pour simplifier la connexion à des sites. Je choisis le mail avec lequel je veux me connecter, je clique, et pour la première fois… ça marche ! (jusqu’à présent mes tentatives d’utilisation de BrowserID avaient été infructueuses). Me voici connecté à la future boutique d’applications qui, petit luxe, est en partie traduite en français1. Huit applications sont déjà disponibles, pour des prix allant de gratuite à 0,01$2. En attendant l’activation du compte Paypal qui sera utilisé pour les tests, je n’ai pu tester que la seule application gratuite, l’application en ligne de création d’extensions Jetpack.

Pour qui a déjà utilisé les boutiques d’application Web dans d’autres navigateurs, il n’y a rien de révolutionnaire : les applications ne sont finalement rien d’autre que des pages Web, gérées comme des extensions, mais qui peuvent accéder à davantage de fonctionnalités du navigateur, en demandant la permission. La vrai différence, c’est que c’est développé dans l’esprit d’ouverture de Mozilla. La vrai différence, elle est dans les valeurs. La boutique de Mozilla sera ouverte : les applications pourront être installées dans tous les navigateurs3. La boutique elle-même sera, si je ne m’abuse, libre, ce qui signifie que n’importe qui pourra créer une boutique d’applications en ligne. C’est la fin du monopole et du contrôle de quelques distributeurs. D’ici quelques mois, le temps que tout se mette en place, le terreau sera prêt pour que se développe un nouvel éco-système d’applications Web universelles. Chaque développeur pourra diffuser comme il le souhaite des applications qui s’exécuteront dans tous les navigateurs modernes. Et ça, c’est une révolution !

De nouvelles interfaces pour le Web

J’ai évoqué à plusieurs reprises la possibilité pour les applications Web d’accéder à des nouvelles fonctionnalités du navigateur. Pour ce faire, Mozilla implémente des nouvelles spécifications et, lorsqu’elles n’existent pas, en propose. Le projet avait commencé pour étendre le pouvoir des applications Web. Le lancement de B2G, nom de code du futur système d’exploitation de Mozilla, lui a donné un nouvel essor. Avec B2G, le navigateur servira de système d’exploitation pour un téléphone ou une tablette. Toutes les applications qui pourront s’exécuter sur le terminal le feront donc dans un navigateur, en utilisant les technologies du Web. Pour cela, il faut permettre à des application Web d’accéder complètement au terminal, à sa caméra, son système de fichiers, etc. Mozilla souhaite disposer dans les prochains mois de toutes les APIs nécessaires pour faire fonctionner un téléphone, uniquement depuis des applications Web.

Cela implique :

  • l’accès aux fonctions de téléphonie, pour recevoir et passer des appels et des SMS : l’envoi et la réception de SMS sont quasiment bouclés, grâce à Mounir, et peuvent être testés;
  • l’accès au carnet d’adresse : en cours;
  • l’accès à l’état de la batterie : une première implémentation, due au génie de Mounir, de la spécification du W3C est disponible dans les nightlies de Firefox pour GNU/Linux et Firefox Mobile, et vous pouvez la tester ici, et . Elle permet de détecter si le terminal fonctionne sur sa batterie ou sur le secteur, l’état de charge de la batterie, et d’estimer l’autonomie restante;
  • l’accès à l’appareil photo / la caméra : une première version, qui permet déjà de viser et de prendre des clichés, est testable. Une intégration avec WebRTC est prévue courant 2012, qui devrait permettre de faire de la vidéo-conférence;
  • l’accès aux autres technologies de communication comme le bluetooth et le NFC;
  • l’accès aux caractéristiques physiques du terminal;
  • l’accès à ses réglages;
  • l’accès aux contrôleurs USB;
  • l’accès à l’accéléromètre;
  • l’accès aux fonctions de géolocalisation (GPS ou autres)&nbsp: disponible depuis Firefox 3.5 si je ne m’abuse;
  • l’accès au vibreur : le W3C a un brouillon de spécification, il a été implémenté. Vous pouvez donc commencer à faire vibrer à volonté votre téléphone;
  • des fonctions de gestion des applications Web, elles sont en bonne voie;
  • pour ce qui est de l’accès au système de fichiers du terminal, Mozilla est pour l’instant réticent, car cela pose de gros problèmes de sécurité (il faudrait pouvoir gérer des droits finement, ce qui n’est guère envisageable). Les développeurs privilégient donc actuellement l’utilisation d’IndexedDB4 pour permettre aux applications de stocker localement des données;

Je ne suis pas dans les secrets des Dieux de Mountain View mais j’ai cru comprendre qu’un prototype utilisable était attendu avant la fin de l’année, et que Mozilla espère que B2G pourra avant la fin 2012 être en mesure d’équiper des ordiphones du commerce.

Pour en savoir plus, on est chez Mozilla donc tout ou presque est documenté et librement accessible, notamment sur le Wiki. Et un très joli tableau de bord synthétise l’avancement de toutes les APIs.

L’implémentation de toutes ces APIs avance vite, très vite, c’est impressionnant. Ce qui manque aujourd’hui, ce sont des tests : tests techniques, pour vérifier le fonctionnement sur un maximum de terminaux. Mais aussi tests fonctionnels, pour améliorer les APIs afin qu’elles collent au mieux aux besoins et aux usages. Si vous avez un téléphone sous Android et avez envie de voir à quoi ressemblera le futur, tout en contribuant à le forger, c’est peut-être le moment d’installer une version de test de Firefox mobile et de commencer à jouer avec.

Un petit mot de conclusion ? Je lisais il y a peu un autre article, écrit par un Mozillien, expliquant que chez Mozilla on ne se contentait pas de causer de Web, mais on créait le Web, tous les jours. Il y a quelques mois, je m’inquiétais de la montée en puissance du modèle des applications propriétaires et fermées inspiré par Apple. La menace grandissait d’une fermeture de la parenthèse enchantée du Web, d’un retour à un monde fermé, divisé en silos à l’intérieur desquels nous serions prisonniers. Aujourd’hui, la menace est toujours là, mais moins inquiétante, car la riposte arrive, les différents projets de Mozilla autour des applications Web proposent une alternative crédible au modèle des applications fermées. L’espoir est là. Si ça se trouve, si des opérateurs de téléphonie se décident à proposer des offres respectueuses de la neutralité des réseau, peut-être qu’en 2013 j’aurai enfin un ordiphone et pourrai lire Twitter dans le métro. La route est encore longue, mais la voie de plus en plus libre. Bonne nuit, faites de jolis rêves d’API Web.

  1. la boutique est en fait une extension du site actuel de distribution des extensions.

  2. Pour la durée des tests, un faux compte Paypal sera mis en place, qui permettra de payer sans bourse délier. Gros grincement de dents quant même, Paypal étant ce grand ami de la liberté sur le Net qui permet de verser de l’argent au KKK mais pas à Wikileaks.

  3. alors que la boutique de Google ne permet d’installer ses applications que dans Chrome, et a des comportements un peu limite, puisqu’elle permet entre autre d’installer des applications à l’insu de l’utilisateur.

  4. c’est une base de données locale permettant à des applications Web de stocker des informations. Elle est disponible dans Firefox depuis la version 4, mais la spécification n’est pas encore définitive;

Les silences de Siri

Code Is Law, c’est le code (informatique) qui définit la loi. Vérité, mais trop abstraite pour que nous en prenions conscience. Ça va mieux avec des exemples. Au fur et à mesure que nous nous reposons de plus en plus sur des prothèses numériques, nous devrions être au moins vigilants sur les valeurs que leurs créateurs y insufflent. Car oui, nos prothèses ont une âme. Le nouvel exemple vient de Siri, l’assistant personnel, dernière création d’Apple, sorte de bon génie qui essaie de répondre à toutes les questions de son maître1.

Aux USA, des femmes ont réalisé l’expérience d’essayer d’utiliser Siri pour trouver un endroit où réaliser un acte médical, une IVG. À Washington DC, Siri les a orientées vers deux services de militants anti-avortement plutôt que vers le planning familial local. À New York, Siri ne connait aucune clinique où pratiquer une IVG. Les mêmes questions posées à Google ramènent pourtant de nombreuses adresses. Siri ne semble pas mieux renseignée sur la contraception, ou le contrôle des naissances. Elle n’a cependant pas l’air d’être totalement ignare en matière de sexualité, puisqu’elle est capable d’indiquer comment obtenir du Viagra, trouver des prostituées ou des clubs de strip-tease, et même ce qu’il faut faire si l’on a un hamster coincé dans le rectum.

Difficile de croire, au vu du lourd passif d’Apple, que tout cela résulte d’un hasard et non d’une volonté délibérée. L’IVG est autorisée aux USA par les lois votées par des représentants des citoyens. Mais la loi n’est qu’une lettre morte sans moyens de l’appliquer. L’accès à l’information est un de ces moyens. Les concepteurs de Siri ont voté une autre loi, décidant que l’information sur l’IVG ne serait pas disponible via leur outil. Et cette loi est en train de s’imposer aux utilisatrices et utilisateurs de l’assistante d’Apple, sans probablement qu’ils en aient conscience. Avant de confier des enfants à une baby-sitter, nous vérifions généralement ses références, cherchons à la connaître un peu. Ne serait-il pas judicieux, de même, de consulter son CV avant de se laisser guider par une prothèse ? Êtes-vous prêts à ce que la petite fille d’un trombone, élevée par des culs serrés, devienne une de vos principales conseillères ?

Les informations de ce billet proviennent des articles « 10 things the iPhone Siri will help you get instead of an abortion » de Megan Carpentier et « What’s the Deal with Siri ? » de « Banana Grabber ». Je ne les ai pas vérifiées.

PS: à propos de compagnie virtuelle, je vous conseille la jolie nouvelle publiée il y a quelques jours par @jean-no sur son carnet : « La sœur de poche »

  1. il faut au passage saluer une fois de plus le talent d’Apple pour le recyclage. Siri est le descendant de toute une lignée d’assistants comme ceux de Bob. Mais là où les trombones n’ont suscité que moqueries, leur descendant Siri semble pris plus au sérieux;

Mitchell Baker, la production joyeuse et la consommation élégante

Matt Thompson, qui s’occupe d’éducation au sein de Drumbeat, a cité sur son carnet un extrait d’un discours de Mitchell Baker lors du Festival Mozilla à Londres. Je me permet à mon tour de proposer une rapide traduction de cet extrait1. La vidéo de cette conférence est disponible :

Dans les premiers jours du Web, c’était un monde de créateurs. Une des raisons pour lesquelles le Web a explosé est que peu importe la page que vous consultiez, vous pouviez l’examiner, voir comment elle était faite et le réutiliser. Ainsi, la première génération du Web était celle de la fabrication.

Récemment, nous avons vu que cela commençait à changer. Aujourd’hui l’essentiel du Web concerne la consommation. Combien nous pouvons consommer, et comment le faire de manière élégante ? Je considère les iPhones et les iPads comme le summum actuel de la « consommation élégante ». Ils ne sont pas particulèrement destinés à vous apprendre à créer, bien qu’ils puissent être utilisés dans ce but. Mais la principale raison qui, en tant que consommateurs, nous amène à les utiliser est qu’ils sont beaux, ils sont faciles à utiliser et ils nous permettent de consommer ce qui nous intéresse.

Pendant ce temps, la dimension créative demeure forte parmi certains groupes de gens. Et pour ceux d’entre nous qui sommes attirés par cette dimension, ou qui la vivent, ou qui dans d’autres pans de leur vie aiment créer des choses, être capable de regarder l’Internet et le Web et d’en faire partie lorsque nous le voulons est quelque chose à la fois d’épanouissant et qui nous rend plus fort.

Il y a des gens dans le monde qui ne comprennent pas que le Web est juste comme les objets physiques — il suffit d’un peu de compréhension, d’un peu de plaisir et d’un peu d’apprentissage pour en faire partie. Vous pouvez être transparent. Il n’a pas besoin d’être secret, obscur ou inquiétant.

Une partie de ce que nous faisons chez Mozilla est donc d’abaisser cette barrière. Et d’essayer d’amener dans le monde en ligne l’esprit de création2 qui nous est familier dans le monde physique. C’est possible de la même façon. C’est gratifiant de la même manière lorsque vous l’apprenez. Et cela ouvre un vaste champ de nouvelles idées.

  1. message personnel: Goofy, tes relectures me manquent !

  2. l’expression originale est maker ethic, qui me semble désigner l’état d’esprit qui inspire le mouvement du DIY.

Handicap

On comprend beaucoup mieux les choses une fois les avoir ressenties dans sa chair.

Aujourd’hui, c’est l’exclusion liée au handicap que je réalise un peu mieux, pour en faire l’expérience. Certes mon handicap n’est pas très grave, et surtout curable. Certes, l’exclusion est anecdotique. Il n’empêche. Ressentir soi-même aide à mieux comprendre l’autre, se mettre à sa place et peut-être penser davantage à lui dans ce que je fais.

Je m’intéresse depuis longtemps à la liberté en ligne1. Tant du point de vue des règles que des outils. Les règles, les lois, autorisent ou interdisent. Les outils enferment ou rendent possible. Créer des outils qui rendent possible l’exercice de la liberté est un des buts du Mouvement du Logiciel Libre. Sur le Web, un des plus intéressants représentants de ce mouvement est la Fondation Mozilla. Je la suis depuis longtemps et, en quête de nouvelle noble cause où m’investir, avais décidé il y a un an de me rapprocher de la communauté locale pour voir si je pouvais lui être d’une quelconque utilité. J’avais surmonté ma misanthropie pour rencontrer les Mozilliens du quartier. Mais ma phobie sociale vient de me rattraper.

Misanthropie, timidité, phobie sociale, je découvre que le DSM reconnaît ces troubles comme de vrais pathologies, constituant des handicaps.

Une des nombreuses conséquences de ce handicap est que j’ai toujours eu beaucoup de mal dans l’apprentissage des langues étrangères. Des langues vivantes du moins, je me suis régalé de latin puisque c’est une langue qui ne demande qu’à être lue, pas à être écrite, encore moins parlée. J’ai toujours eu le plus grand mal à m’exprimer dans une langue étrangère. Si je lis sans trop de problèmes des articles en anglais, il m’est difficile de rédiger un mail dans cette langue, et je suis bien incapable de la comprendre à l’oral, et évidemment de la parler.

Mozilla est un projet à vocation universelle. Pour permettre la communication entre tous les membres du projet, il a besoin d’une langue commune, d’une lingua franca comprise et parlée par chacun, chacune, toutes et tous. Cette langue est évidemment l’anglais. Je ne le parle ni ne le comprend, je ne peux donc espérer participer activement à la vie de la communauté. Je m’en étais déjà aperçu à chaque fois qu’un Mozillien non francophone passait par Paris. La frustration de ne pouvoir participer aux conversations, de n’en presque rien comprendre, de rester sur le côté. Mais ce sont le Festival Mozilla de Londres et le Mozcamp de Berlin qui m’ont vraiment fait prendre conscience que je ne pouvais espérer m’investir dans Mozilla sans parler anglais. J’aurais pu aller à ces deux évènements, tous les deux des plus enthousiasmants, mais me suis abstenu car je savais que j’en serais surtout revenu frustré, frustré d’avoir vu de près ce à quoi mon handicap social m’interdit de participer.

Je ne serai jamais Mozillien. Ça ne fait finalement guère de différence. Je n’ai aucune compétence qui puisse être utile à Moz, et très peu de temps libre à consacrer à l’aventure. Heureusement, le fonctionnement de la Fondation est suffisamment ouvert pour que même de l’extérieur je continue à suivre ce qui se passe du côté de Mountain View et puisse à l’occasion faire partager mes coups de cœur ou de gueule. Mon « handicap » ne va donc par changer grand chose à mon implication dans le projet.

Je sais que tout cela n’est que jérémiades, qu’il suffirait que je me fasse un peu violence pour surmonter ma timidité, pratiquer l’anglais et acquérir les rudiments qui me permettraient de suivre. Oui, je sais, il faudra que j’y réfléchisse demain. En attendant, j’espère que cette expérience m’aura au moins appris quelque chose, fais prendre davantage conscience de ce que signifie être en situation de handicap, d’exclusion. Rêvons un peu, j’espère même que ça me servira dans ma pratique, en m’incitant à essayer de façonner des objets un peu plus accessibles à chacun, quel que soit son handicap.

  1. admirez cette digression pour éviter d’entrer dans le vif du sujet.

Wladimir Palant : Google Chrome et les applications Web pré-installées

Google Chrome est en passe de devenir aussi populaire que Firefox, du moins si l’on mesure la popularité au nombre d’utilisateurs. Sur le plan technique, bien peu de choses différencient les deux navigateurs. Ils ont chacun leurs points forts et leurs faiblesses, mais sont globalement du même niveau. La philosophie qui anime leurs créateurs est elle bien différente, et a des impacts sur leurs utilisateurs. Wladimir Palant1 a ainsi découvert que Chrome installe des extensions et des applications Web sans demander l’avis de l’utilisateur, et peut faire plus. J’ai trouvé son article particulièrement intéressant et me suis permis de le traduire. Libre à chacun de préférer utiliser Chrome plutôt que Firefox. Mais autant que le choix soit le plus éclairé possible.

Google a récemment lancé une nouvelle version de sa boutique en ligne où l’on peut installer des extensions et des applications Web. Une fonctionnalité en particulier a attiré mon attention : la boutique signale les extensions que vous avez déjà installées. Comment est-ce que la page Web peut connaître les extensions installées dans votre navigateur ?

La réponse est simple. La boutique est une application Web pré-installée (en fait, elle est même codée en dur dans le navigateur lui-même). Les applications Web dans Chrome peuvent avoir des permissions spéciales, si elles les demandent, comme les extensions. En regardant le fichier des préférences on découvre les droits de la boutique : elle peut accéder aux APIs management et webstorePrivate. La première permet de lister les extensions que vous avez installées, ce qui explique comment le site de la boutique peut le savoir. Mais cette API permet bien plus : activer ou désactiver les extension, et même les désinstaller sans vous prévenir.

L’API webstorePrivate, comme son nom l’indique, contient des fonctions spécifiques à la boutique. Sa documentation n’est pas disponible en ligne, mais on peut la trouver dans le fichier chrome.dll. Elle semble être l’équivalent pour Chrome de la fonctionnalité installTrigger2 de Firefox, à la différence que Firefox met celle-ci à la disposition de tous les sites. Mais les fonctionnalités de webstorePrivate vont plus loin. Elle possède une méthode silentlyInstall(). La documentation prétend que seules quelques extensions peuvent être installées en faisant appel à cette méthode. La liste de ces extensions figure dans le fichier extension_webstore_private_api.cc dans le code source de Chrome. Il semble que les deux seules extensions qui peuvent utiliser cette méthode sont le bouton Google +1 et les notifications Google+. La liste contient 6 ID d’extensions qui ne sont actuellement pas utilisés, mais Google peut ajouter ces extensions à sa boutique n’importe quand3.

Si vous utilisez les fonctions de synchronisation de Chrome, la boutique vous connait déjà, grâce à la méthode getBrowserLogin(). Si vous n’utilisez pas la synchronisation, les méthodes setStoreLogin() et getStoreLogin() garantissent que la boutique ne vous oublie jamais, même si vous supprimez tous vos cookies.

C’est tout pour la boutique. Mais en consultant mon fichier des préférences, j’ai découvert que j’avais d’autres d’applications Web que je n’avais jamais installé. YouTube ? GMail ? D’où viennent-elles ? On dirait que ces applications ont eu de l’aide pour gagner leur popularité dans la boutique Web. Dans mon installation de Chrome (du moins Chrome 16 et Chrome 17, pas Chrome 15), il y a un fichier default_apps/external_extensions.json où ces applications sont définies. Le supprimer semble le seul moyen de s’en débarrasser, mais naturellement elles reviendront à la prochaine mise à jour de Chrome.

Évidemment, le but ici n’est pas de tricher sur la popularité des applications Web maison (ça l’est peut-être jusqu’à un certain point). Les applications Web installés sont en évidence lorsqu’on ouvre un nouvel onglet vierge. C’est probablement le but. Après tout, cet espace est là pour la publicité (une entrée dans le fichier de préférence me dit qu’il y avait une campagne de pub pour le Chromebook sur cette page jusqu’au 8 Novembre, mais je ne l’ai pas vue, j’ai dû la louper). Autre effet secondaire : comme l’application Gmail est installée, Gmail a la permission d’afficher des alertes et peut donc afficher des notifications hors de Chrome sans demander la permission à l’utilisateur. Dommage pour tous les autres Webmails.

Ne comprenez pas mal ce que je dis : Google Chrome est un bon navigateur, et on peut facilement être excité, argumenter sur les tests de performance, l’implémentation des nouveaux standards, etc. Mais parfois vous recevez un rappel : c’est un produit Google et il doit servir à Google. Son but n’est pas que d’améliorer le Web, c’est aussi de promouvoir les produits Google et leur donner un avantage sur les services concurrents. Google peut bien parler de neutralité du réseau, mais dans leur navigateur leurs services ont la priorité. Même si cela nécessite de violer votre vie privée.

  1. Wladimir est le développeur d’une des extensions Firefox parmi les plus utiles et les plus utilisées: Adblock Plus. Je m’aperçois qu’il n’a même pas encore été bonjourisé. Et bien, @bonjourmozilla, tu dors ?

  2. c’est la fonctionnalité de Firefox qui permet à un site de vous proposer d’installer une extension.

  3. ce qui signifie si je comprend bien qu’il suffira d’aller dans la boutique pour que l’extension s’installe silencieusement.

Fork me on GitHub