Vidéo (mais plutôt des bas)

J’ai travaillé il y a quelques mois sur un site Web sur lequel les internautes pouvaient poster des vidéos, soit depuis une application Android, soit en les téléchargeant sur le site. Bien des solutions tierces auraient pu gérer cela pour moi, mais ça n’aurait pas été drôle. J’ai donc décidé de tout faire moi-même, en utilisant naturellement les dernières technos disponibles (à l’époque). Et m’en suis bien mordu les doigts, en y passant des jours (et des nuits). J’ai fini par accoucher d’une petite bibliothèque (en PHP, j’ai des frissons de dégoût rien que d’y repenser) dont je ne peux malheureusement pas publier le code. Grosso-modo, elle acceptait un binaire en entrée, appelait ffprobe pour vérifier son format et en extraire quelques informations, puis lançait des tâches de fond pour convertir, avec ffmpeg, la vidéo initiale vers les quatre formats, pas moins, nécessaires pour espérer être ensuite visualisable depuis n’importe quel terminal :

  • Ogg Theora pour Firefox Stable (3.x) et Opéra;
  • WebM pour Chrome et Firefox 4+;
  • MPEG 4 pour Safari et IE 9
  • FLV pour balancer aux vieux machins via un lecteur Flash;

Comme j’ai pas mal tâtonné pour trouver des réglages potable de ffmpeg, je les reprend ici pour mémoire. Attention, je n’y comprend rien du tout en gestion de son / vidéo, et le peu que j’ai pu comprendre, je l’ai déjà oublié (j’ai codé ce truc il y a plus de 6 mois). Ces réglages ont fonctionné pour moi, je ne garantis pas qu’ils sont adaptés à tous les cas.

La syntaxe générale est ffmpeg -i source dest

Trois options m’ont semblées utiles 

  • -ar pour sélectionner la fréquence d’échantillonage de la piste audio. J’ai décidé de tout ré-échantilloner à 44100Hz, soit -ar 44100;
  • -b pour le débit (bitrate), en kbps. Le meilleur choix a été de conserver celui de la vidéo d’origine, extrait via ffprobe. Soit par exemple pour une vidéo à 3.000 kb/s : -b 3000kb;
  • -r pour le nombre d’images par secondes, 24 est un bon choix;

Quelques « astuces » :

  • par défaut, ffmpeg met les métas-données d’une vidéo en MP4 à la fin du fichier, ce qui empêche de lancer la lecture tant que tout le fichier n’a pas été chargé. Pour y remédier, il suffit d’utiliser l’utilitaire qt-faststart fournis par ffmpeg;
  • si ffmpeg identifie la plupart des formats cibles à leur extension, dans le cas d’Ogg, il faut préciser les codecs audio et vidéo que l’on veut utiliser;
  • ffmpeg permet également d’extraire une image de la vidéo, qui pourra être affichée avant qu’elle ne se lance. Par exemple -ss 3 extrait la première image de la 3° seconde;

Ce qui nous donne, pour une vidéo en entrée à 3.000 kb/s :

ffmpeg -i source  -ar 44100 -b 3000000 -r 24 dest.mp4 && /usr/bin/qt-faststart dest.mp4 dest.mp4.fs && /bin/mv dest.mp4.fs dest.mp4
ffmpeg -i source  -ar 44100 -b 3000000 -r 24 dest.webm 
ffmpeg -i source  -ar 44100 -b 3000000 -r 24 -f ogg -acodec libvorbis -vcodec libtheora dest.ogv
ffmpeg -i source  -ar 44100 -b 3000000 -r 24 dest.flv
ffmpeg -i source -ss 3 dest.jpg

Ne reste plus qu’à l’afficher :

<video controls="true" width="640" height="480" poster="dest.jpg">
  <source src="dest.mp4" type="video/mp4" />
  <source src="dest.webm" type="video/webm" />
  <source src="dest.ogv" type="video/ogg" />
  <!-- Fallback -->
  <object type="application/x-shockwave-flash" data="/flash/player.swf" width="640" height="480">
    <param name="allowfullscreen" value="true" />
    <param name="allowscriptaccess" value="always" />
    <param name="flashvars" value='config={"clip":{"url": "dest.flv", "autoPlay": false}}' />
    <!--[if IE]><param name="movie" value="/flash/player.swf"><![endif]-->
    <img src="dest.jpg" width="640" height="480" alt="Video" />
  </object>
</video>

(les flashvars sont les paramètres passés au lecteur Flash, et dépendent de celui que vous choisirez)

J’avoue avoir failli regretter le temps d’avant HTML5, lorsque la vidéo était prisonnière de Flash. Aujourd’hui, si on veut maîtriser toute la chaîne et être compatible avec la plupart des terminaux fixes et mobiles, on est obligés de stocker chaque vidéo en quatre formats, après les avoir correctement converties. Et je crains qu’il en soit ainsi encore un bon bout de temps :S

De quelques mythes sur les startups

Michael Arrington est un personnage de la Vallée du silicone souvent qualifié d’influent. Il a entre autre fondé Techcrunch, et est sans doute l’un des journalistes les plus lus sur le sujet des jeunes pousses du Web. Il a publié il y a quelques jours un article intitulé « Startups Are Hard. So Work More, Cry Less, And Quit All The Whining  » (c’est dur d’être une jeune pousse, alors travaillez plus, pleurez moins et arrêtez toutes ces pleunicheries). Il répondait à quelques articles dénonçant les conditions de travail dans les jeunes entreprises de la vallée. Son article lui-même est absolument sans intérêt, de la pure propagande capitaliste, pour réussir dans la vie il faut bosser dur, etc. Mais pour illustrer ses propos il utilise des extraits du journal où Jamie Zawinski raconte les débuts de Netscape. zwg est un bidouilleur à l’origine de quelques petits programmes comme XEmacs, un fork d’Emacs, et Netscape Navigator, un navigateur Web. Il a été un des artisans de la libération du code de ce navigateur et un des fondateurs de Mozilla. En 1999, il a quitté le monde du logiciel pour devenir propriétaire d’une boîte de nuit. Il n’en continue pas moins à s’exprimer régulièrement sur des sujets techniques ou touchant au Web. Et n’a guère apprécié qu’Arrington utilise ses écrits. J’aime beaucoup sa réponse, « Watch a VC use my name to sell a con » (voir un investisseur utiliser mon nom pour fourguer une arnaque) dont voici la traduction de quelques extraits :

Il essaie de faire croire que la seule manière de réussir dans l’industrie logicielle est de faire de horaires de folie, de dormir sous son bureau et de renoncer à votre seule et unique jeunesse, et que si vous ne faîtes pas ça vous êtes con. Il utilise mes mots pour essayer d’appuyer cette thèse.

Je déteste ça, parce que ça n’est pas vrai, et c’est déloyal.

Ce qui est vrai, c’est que pour que le modèle économique des investisseurs fonctionne, vous devez renoncer à votre vie pour leur permettre de devenir riches.

Suivez ce putain de fric. Lorsqu’un investisseur vous dit ce qui est bon pour vous, vérifiez votre porte-feuille et comptez vos doigts.

Il vous fait le coup du « si vous vous bougez le cul et arrêtez de dormir, vous allez devenir riches » parce que le seul moyen de devenir riche qu’ont les gens qui font ce métier là, c’est que de jeunes génies naïf et asociaux croient à cette histoire. S’il ne pouvaient pas vivre à leurs basques, les investisseurs risqueraient de devoir travailler pour vivre. Une fois que le gamin sera épuisé, ils le remplaceront par un nouveau.

J’ai touché un beau paquet de fric en gagnant avec Netscape à la loterie des startups, c’est vrai. La plupart des développeurs qui étaient là au début aussi. Mais les gens qui ont gagné cent fois plus que les développeurs ? Je peux vous garantir qu’aucun d’entre eux ne dormait sous son bureau. Si vous regardez la liste des gens qui ont fait fortune dans l’industrie logicielle, je parie que vous allez avoir une vision bien différente de celle présentée ici des habitudes de sommeil et des horaires de travail qui mènent au succès.

Si votre but est d’enrichir les Arringtons du monde tout en, peut-être, si vous gagnez à la loterie, récupérant quelques unes des billes qu’ils ont négligées, alors oui, bougez votre cul sous les encouragements des banquiers et des spéculateurs.

Plutôt que ça, moi je vous recommande de faire ce que vous aimez parce que vous aimez le faire. Si ça signifie bosser des heures, fantastique. Si ça signifie quitter le bureau tous les jours à 18h pour votre cours de vannerie sous-marine, alors c’est fantastique aussi.

Jamie Zawinski in Watch a VC use my name to sell a con

Watchdog, nouvelles expériences de gestion de l'identité numérique

Aider les internautes à mieux gérer leur identité et leur vie privée en ligne est un des objectifs de Mozilla. Un groupe de travail a été mis en place pour travailler sur le sujet. Sa première réalisation est BrowserID, un mécanisme de gestion de l’identité utilisant les adresses mail de l’utilisateur et le navigateur pour simplifier la connexion aux sites qui demandent une inscription. Aujourd’hui, Ben Adida, le responsable de groupe de travail, annonce le lancement de nouvelles explorations, sous le nom de projet Watchdog. Elles prendront la forme d’extensions pour Firefox (et les autres navigateurs lorsque cela sera possible). Le but est comme d’habitude d’apprendre en marchant, d’explorer de nouvelles voies et de concevoir de nouvelles fonctionnalités qui intègreront peut-être demain Firefox.

La première de ces extensions est une aide à la saisie de mot de passe. Lorsque vous tapez un mot de passe, l’extension va au moyen d’une formule de calcul lui associer quatre couleurs qu’elle affichera en fond de la zone de saisie. En mémorisant les couleurs, vous pourrez rapidement savoir si vous n’avez pas fait de faute de frappe, sans même devoir soumettre le formulaire.

Un des avantages que j’y vois est pour les têtes en l’air comme moi qui mélangent souvent leurs mots de passe. Combien de fois ai-je tapé un mot de passe à la place d’un autre. Et à chaque fois je croise les doigts pour que le site ne mémorise pas tous les mots de passe erronés que je saisis. Avec cette première extension, j’ai une chance de découvrir mon erreur avant d’envoyer le formulaire.

Trêve de bavardages, voici une rapide traduction de l’annonce du projet Watchdog et de la présentation de la première extension.

Watchdog : aider les utilisateurs à gérer leurs mots de passe et leur vie privée

Mozilla est une des rares organisations réellement centrée sur l’utilisateur. Nos [principes][manifeste] incluent ces deux déclaration importantes :

La sécurité des personnes sur Internet est fondamentale et ne peut pas être considérée comme optionnelle.

Chacun doit avoir la possibilité de façonner son utilisation d’Internet.

En matière de gestion de vos mots de passe et de vos préférences relatives à la vie privée, nous pensons qu’il existe une opportunité de faire bien mieux que ce que l’on fait actuellement sur le Web. C’est pourquoi nous lançons le projet Watchdog, une série d’expériences pour aider les utilisateurs à gérer leur identité et leur vie privée en ligne. Watchdog est un projet de recherche au sein du [groupe de travail sur l’identité][identity] et vise à compléter des produits existant comme [BrowserID][browserid].

Avec Watchdog, nous cherchons des moyens pour pousser l’utilisateur à prendre en matière de mots de passe et de réglages de sécurité, des décisions meilleures car mieux informées. Nous voulons que les utilisateurs sachent s’ils ont utilisé trop souvent un mot de passe. Nous voulons rendre plus simple le choix des réglages qui correspondent à leurs besoins. Nous voulons automatiser cela au maximum. Lorsque vous naviguez avec Watchdog, vous devriez vous sentir plus en sécurité parce que vous êtes plus en sécurité : vous avez un chien de garde.

Le développeur principal de Watchdog est [Paul Sawaya][paul], qui a fait un stage chez Mozilla l’été dernier et continue à travailler avec nous cette année pour son projet de fin d’études au Hampshire College. Nous sommes ravis qu’il s’occupe de cela.

Le projet Watchdog sera composé d’une série d’extensions indépendantes, développées pour Firefox et, dans certains cas, également pour les autres navigateurs modernes. La première de ces extensions est [Watchdog Visual Hashing][addon] pour Firefox ou Chrome. Paul en fait une description détaillée [sur son journal][hash].

N’hésitez pas à l’essayer avec [Firefox][firefox] ou [Chrome][chrome], récupérer le [code source][source] et nous [faire des retours][feedbacks].

L’article de Paul présentant son extension :

##[Hachage visual de mots de passe pour votre navigateur][hash]

Ces derniers mois, j’ai étudié l’état actuel de la gestion de la vie privée sur le Web. J’ai également commencé à créer une série d’outils pour informer l’utilisateur et lui ouvrir de nouvelles possibilités en rendant le navigateur plus intelligent. Naturellement, le sujet est vaste et aurait pu m’emmener dans de nombreuses directions (et vous verrez bientôt qu’il l’a fait), mais je suis à présent prêt à partager mon premier petit pas sur le chemin le plus urgent en matière de gestion de la vie privée.

Ce chemin le plus évident, je pense qu’il passe par une meilleure gestion des mots de passe. Firefox est déjà plutôt intelligent lorsqu’il s’agit de découvrir les mots de passe que vous saisissez dans des formulaires, et de vous proposer par la suite de remplir automatiquement ces formulaires. Les mots de passe sont chiffrés sur le disque via un mot de passe principal (master password), mais le réglage pour créer un mot de passe principal n’est pas aussi facile à découvrir que le gestionnaire de mots de passe lui-même. Celui-ci a une interface très simple qui vous permet de gérer vos comptes et de voir vos mots de passe, mais ne propose pas de conseils pour gérer judicieusement ses mots de passe.

J’ai commencé à réfléchir à ce à quoi pourrait ressembler un système de gestion des mots de passe moderne, et à comment il pourrait inciter l’utilisateur à faire de meilleurs choix en matière de protection de sa vie privée, sans que le système soit ignoré (ou pire, [détesté][hated]) comme le sont généralement tous les logiciels qui interrompent l’utilisateur au milieu d’une tâche.

En gardant cela à l’esprit, mon premier pas vers un gestionnaire de mots de passe plus intelligents a été d’expérimenter le hachage visuel de mots de passe. C’est une fonctionnalité discrète. Si vous ne l’avez jamais vu à l’œuvre, voici de quoi il s’agit. Le hachage visuel permet à votre navigateur d’afficher une information sur le mot de passe que vous tapez sans l’afficher directement à l’écran. L’idée est de faire correspondre la liste de tous les mots de passe possibles avec un ensemble (plus petit) de signes. Actuellement j’utilise quatre couleurs.

Exemple d'utilisation de l'extension: le fond du champs de saisie du mot de passeaffiche quatre couleurs

À mesure que vous tapez votre mot de passe, les quatre couleurs changent. Au fil du temps, vous vous souviendrez des quatre couleurs et n’essayerez plus jamais de vous connecter en tapant un mauvais mot de passe.

Naturellement, le hachage visuel est plus souvent vu comme une fonction de confort plutôt que de sécurité. Elle rend les mots de passe plus faciles à mémoriser, ce qui pourrait encourager l’adoption de mots de passe plus complexes[^trad]. En tant que fonctionnalité d’un gestionnaire de mots de passe, je la trouve prometteuse comme métaphore visuelle pour afficher votre mot de passe à l’écran.

De plus, ne stocker pour certains mots de passe particulièrement critiques que le hachage visuel pourrait avoir une réelle valeur ajoutée en terme de sécurité. Le gestionnaire de mots de passe pourrait toujours fournir une aide à l’utilisateur et lui signaler où ce mot de passe est réutilisé. Tout cela sans devoir gérer le problème de stocker un mot de passe sur le disque, protégé par un mot de passe principal, comme ne le font pas je présume beaucoup d’utilisateurs.

Une dernière chose : je me suis brièvement inquiété du risque de fuite via des copies d’écran des informations de hachage d’un mot de passe sans sel[^sel], ce qui pourrait aider quelqu’un cherchant à casser le mot de passe. Pour y parer, les couleurs sont légèrement modifiées à chaque fois, de sorte que le hachage visuel ne corresponde pas exactement au vrai hachage, tout en restant reconnaissable à l’œil.

L’extension fonctionne automatiquement sur chaque site que vous visitez, et est disponible pour [Firefox][firefox] et [Chrome][chrome]. Essayez-la et dites-moi ce que vous en pensez.

Et, bien sûr, récupérez le [code source][source].

http://groups.google.com/group/mozilla-labs [manifeste]: http://www.mozilla.org/about/manifesto.fr.html [identity]: http://identity.mozilla.com/ [browserid]: https://browserid.org/ [paul]: http://www.paulsawaya.com/ [addon]: https://wiki.mozilla.org/Identity/Watchdog/Visual_Hashing [hash]: http://connectioni.st/2011/12/visual-password-hashing-for-your.html [firefox]: https://addons.mozilla.org/en-US/firefox/addon/visual-hashing/ [chrome]: https://chrome.google.com/webstore/detail/lkoelcpcjjehbjcchcbddggjmphfaiie [source]: https://github.com/mozilla/watchdog-visualhash [feedbacks]: http://groups.google.com/group/mozilla-labs [hated]: http://en.wikipedia.org/wiki/Office_Assistant [^trad]: merci Adrian pour la correction de mon contresens sur cette phrase; [^sel]: pour renforcer le chiffrement des mots de passe, les sites sérieux lui ajoutent un « grain de sel », de sorte que le même mot de passe chiffré par deux sites différents ne soit pas identique;

Brèves de journalisme

Un des prochains objectifs de Mozilla est donc de travailler à faire du Web un endroit plus propice à la création, en se focalisant sur quelques domaines comme l’éducation et le journalisme. Ce dernier est loin d’être ma bière préférée, mais je l’ai mis sur le radar de ma veille et vais essayer d’en parler ici de temps en temps. En commençant par une résumé de deux articles aperçus ces derniers jours.

« Les journalistes doivent devenir des créateurs, et plus de simples consommateurs »

C’est l’avis de Robert Bole1, qui a assisté au festival de Londres, et en résume bien le message :nous voyons le problème tout autour de nous; au fur et à mesure que le Web murit et que les technologies deviennent complexes, de plus en plus de gens hésitent à s’emparer des outils pour créer de nouvelles choses. Nous courrons le risque de devenir des consommateurs passifs de la technologie, que ce soit parce que nous avons des terminaux très jolis mais impénétrables (l’iPhone), parce que nous avons peur de casser quelque chose, ou parce que notre éducation ne nous a pas donné les bases d’une culture technique. Et ce danger ne nous concerne pas qu’en tant que consommateurs. Aujourd’hui, un journaliste ne peut plus seulement être un animateur ou un écrivain; il doit aussi être un fabricant.

Et Bole de citer les compétences que doivent posséder les journalistes du futur, telles que définies par Sandra Ordonez. Selon un article qu’elle a publié en 2010, le journaliste du futur doit être :

  • multi-tâches, capable de jongler entre les responsabilités et les rôles, dont beaucoup n’ont rien à voir avec le journalisme « traditionnel »;
  • à l’aise avec la technologie, en ayant au minimum des connaissances de base en programmation, outils Web et culture Web;
  • le gardien des clés d’un secteur, capable de diriger ses lecteurs vers les nouvelles les plus récentes et les plus dignes de confiance, quel que soit leur auteur ou le site qui les héberge;
  • un conteur aux talents multiples, sachant présenter une histoire en ligne dans plusieurs formats;
  • un animateur de marque et de communauté, qui entretient une conversation constante avec ses lecteurs;

Telles sont les qualités qui seront demain demandées aux journalistes. Pas sûr que ce soit pour le meilleur. Raconter des histoire ou gérer sa réputation peut aussi aller dans le sens de la confusion hélas en plein essor entre le journalisme et la communication.

Les cinq étoiles des articles de journaux en ligne

Sans lien direct pour une fois avec Mozilla, un article qui fait écho aux fameuses étoiles des données liées2 de Tim Berners-Lee en proposant une échelle d’évaluation des articles de journaux au regard de leur utilisation des technologies du Web sémantique. L’article ne traite pas de journalisme, mais de publications scientifiques, qui sont un exercice particulier. Je pense néanmoins que les cinq étoiles peuvent être déclinées pour tout article de journal « de fond ».

À la différence des étoiles de TBL, celles-ci ne sont pas hiérarchiques mais complémentaires, chacune représentant un domaine. On peut la rapprocher de la méthode des cinq W bien connue des journalistes. Ces étoiles sont :

  • l’examen par les pairs, pour garantir la qualité du contenu;
  • le libre accès : s’assurer que l’article est accessible librement pour que chacun puisse le consulter;
  • contenu enrichi : utiliser les technologies du Web pour enrichir sémantiquement le contenu et le rendre interactif;
  • données disponibles : toutes les données utilisées doivent être elles aussi librement accessibles, pour permettre à d’autres de les réutiliser;
  • des méta-données pour les machines : pour faciliter la réutilisation de l’article lui-même;

Dit autrement, il s’agit d’arrêter d’utiliser le Web comme un simple substitut au papier. Ses capacités du Web vont bien au delà de celles du papier, il serait dommage de ne pas les exploiter.

Cette méthode d’évaluation peut en fait s’appliquer à pratiquement tout contenu publié en ligne. Et constituer une liste de questions minimales à se poser lorsqu’on crée un contenu à but informatif sur le Web. Ce carnet est à ce titre largement améliorable : si les notes sont librement accessibles et si j’essaie de citer mes sources, il n’y a pas de revue à priori (l’orthographe et la grammaire sont corrigés à posteriori par l’indispensable prof-robot de la communauté frenchmoz et les notes manquent singulièrement d’enrichissement sémantique, sans parler de l’inexistance d’interaction due entre autre au manque de possibilité de commenter.

  1. co-directeur de l’innovation au sein de la Broadcasting Board of Governors, l’agence gouvernementale étasusienne en charge de la propagande extérieure, je découvre juste l’existence de ce machin;

  2. pour promouvoir le Web de données liées — linked Data —, Sir Tim a proposé un système de notation de la qualité des données, à bases d’étoiles. Il va d’une étoile pour des données accessibles sur le Web sous une licence libre à cinq étoiles si elles sont en plus disponibles en RDF et liées à d’autres jeux de données;

Shakespeare devient social : Popcorn de Mozilla dans la salle de classe

Les plus vénérables qui ont usé leurs culottes sur les bancs de « la laïque » au XX° siècle se souviennent peut-être de tentatives de télévision scolaire, de programmes éducatifs dont le maître ou la maîtresse passait des extraits pour illustrer une leçon, espérant qu’ils éveilleraient d’avantage l’intérêt des cancres. Ou, en cette période de fin d’année, des films en VO que passaient des profs d’anglais, essayant de mettre un vernis pédagogique sur le bordel des derniers cours avant les vacances. Je suis trop vieux pour avoir vécu l’arrivée de l’informatique à l’école, qui a sans doute offert de outils un peu plus interactifs. Dans mon souvenir, la vidéo à l’école est surtout une séance de distraction, où l’on regarde ensemble un documentaire ou un film à la télé. Mais c’était dans les années 80, à l’époque des médias à sens unique, de la communication du sommet de la pyramide vers la base. 20 ans plus tard, le Web a introduit une nouvelle donne, de nouveaux usages, une nouvelle culture des échanges, interactifs et horizontaux. Il était grand temps que cette vague touche l’utilisation des outils vidéos pour l’éducation. Avec l’arrivée de la balise video en HTML5, puis du projet Popcorn de Mozilla, la révolution pourrait enfin être en marche.

Kate Hudson vient de produire une démonstration montrant comment utiliser Popcorn pour créer des vidéos interactive au service de l’éducation. Matt Thompson a écrit un article pour présenter cette démo, en voici une rapide traduction.

Que peut faire la vidéo sociale pour l’apprentissage ?

La très talentueuse Kate Hudson (co-fondatrice du site openjournalism.ca, bergère des laboratoires d’apprentissage de MoJo1 et une des conceptrices du manuel de journalisme de données créé lors du festival Mozilla de Londres) a créé une exceptionnelle démonstration, « Popcorn Shakespeare » qui met en lumière le potentiel éducatif du projet Popcorn de Mozilla.

Je pense que nous assistons à la naissance d’un nouveau genre de films interactifs — appelons-le « hyper-vidéo », « vidéo sociale » ou vidéo aux hormones — qui va révolutionner la place du multimédia dans les salles de classe, et peut-être même devenir la lingua fanca de l’éducation.

Utiliser le Web pour lier des images animées, des interactions et le contexte

« Popcorn Shakespeare » propose une expérience utilisateur astucieusement simple : regarder une vidéo d’une représentation d’une pièce de Shakespeare, déplacer sa souris à n’importe quel moment pour arrêter la vidéo et obtenir de l’aide sur des mots ou des passages que vous ne comprenez pas. Vous pouvez également approfondir le contexte ou parcourir les notes de votre instructeurs ou de vos camarades de classe.

Mais cet outil est bien plus qu’un glossaire. Vous pouvez également parcourir la vidéo en cliquant directement sur les passages du texte (Mark Boas a présenté un projet similaire, hyperaudio, au festival de Londres). Certains mots et extraits ont leur propre URL, ce qui vous permet d’aller directement à une scène pour l’étudier — et permet de citer et de pointer vers la vidéo aussi simplement que l’on peut le faire pour du texte.

Afficher le contexte et les méta données à la demande

Lors de la dernière conférence téléphonique du jeudi (ces conférences consacrées aux créateurs du Web sont ouvertes à tous, n’hésitez pas à nous rejoindre), Kate a expliqué que ce qui avait inspiré sa démonstration était de voir d’autres étudiants lutter avec la langue des pièces de Shakespeare, et la difficulté à chercher chaque mot dans un dictionnaire au cours d’une représentation. Ce qui rend sa démo si ingénieuse est la façon dont elle a résolu ce problème avec une interface utilisateur très simple : lorsque la souris sort de la vidéo, celle-ci s’arrête, lorsque la souris y revient elle reprend de façon transparente.

Cette astuce toute simple permet de rendre les outils qui entourent la vidéo opportuns et pertinents, ce qui évite l’effet de surenchère d’information de beaucoup des premières démonstrations de Popcorn. Au lieu de noyer les utilisateurs dans trop d’information, cette démo n’affiche les meta données que lorsque vous le voulez.

Turning “lean back” couch potato-ism into “lean forward” learning and interaction

Pour moi, la démo de Kate dévoile le potentiel de la vidéo sociale pour apprendre : elle transforme une activité auparavant passive (regarder une vidéo) en une expérience sociale et interactive. Cela peut permettre à des professeurs de parler la langue multimédia que pratiquent la plupart des étudiants, tout en en faisant une expérience qui incite d’avantage à s’investir, à aller de l’avant, que lorsqu’on assis dans une pièce sombre à regarder un film sans pouvoir interagir avec.

Cela va bien plus loin que les vidéos éducatives de notre enfance, ça transforme la vidéo en une toile sur laquelle on peut créer, apprendre et jouer avec les images animées et la lumière.

Créer vos propres vidéos sociales

Naturellement, le but est de permettre aux apprenants de réaliser simplement leur propres vidéos sociales, pas de juste consommer le travail fait par d’autres. Pour créer sa démo, Kate a utilisé directement la bibliothèque popcorn.js, qui est plutôt destinée aux développeurs. Mais une version 0.1 de Popcorn Maker vient juste de sortir. C’est un outil pour faciliter la création de vidéos sociales par tous ceux qui ne maîtrisent pas le développement, les réalisateurs ou les jeunes par exemple. Il va permettre à chacun de devenir un créateur de vidéos Web. Comme disait ce bon vieux Bill « O brave new world, / That has such people in’t! ».

  1. Mozilla Journalism est un projet conjoint des Fondation Mozilla et Knight pour imaginer le futur du journalisme à l’heure du Web. Cf les archives de mes divers blogs.

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