Pérennité

En réponse à mes questions métaphysiques sur le moyen de permettre les interactions sur ce carnet, Sarah m’a signalé le site Camen Design qui utilise pour les commentaires des articles un forum fait maison. L’idée est bonne et correspond en partie à ce que je voudrais faire. Mais…

Le site de micro-blogging Identi.ca a connu de fréquentes pannes ces derniers temps1. Ces pannes ne seraient à vrai dire pas bien gênantes si StatusNet, le logiciel de micro-blogging dont il est la vitrine, était utilisé à bon escient2. Mais malheureusement, il y a relativement peu d’instances de StatusNet dans la nature, la majorité des utilisateurs dépendent d’identi.ca, et les pannes du serveur réduisent au silence des milliers d’internautes. À vrai dire, j’ai installé StatusNet sur mon serveur, mais ne m’en sers pratiquement pas, préférant comme tout le monde utiliser identi.ca. Il suffirait pourtant de peu de choses pour remplacer mon compte sir Identi.ca par celui sur mon propre serveur. Mais…

Toute la journée, je reçois des alertes me signalant le blocage d’IP à l’origine d’attaques automatiques contre mon serveur. Tous les matins, je jette un œil aux logs pour voir s’ils ne contiennent pas de nouvelles tentatives d’attaques, et ajouter si nécessaire de nouvelles règles de filtrage. Je met à jour mes logiciels, suis les alertes de sécurité, les annonces de failles… et serre les fesses pour qu’un des logiciels qui tournent sur ma machine ne soit pas victime d’un faille exploitée par les kits d’attaque clé en main dont se servent tous les script kiddies. Bien sûr, cela ne me prend que quelques minutes chaque jour, mais pour être efficace n’autorise aucun repos. Il faut prendre ces quelques minutes tous les jours, ne jamais relâcher sa vigilance. Surtout, espérer que les logiciels, et même les technologies que l’on utilise, seront maintenues sur le long terme. Quid par exemple si j’installe une galerie d’image qui dans cinq ans sera abandonnée et ne recevra plus de mise à jour de sécurité. Quid encore si le logiciel que j’utilise évolue dans une direction qui ne me plait pas ? C’est le cas par exemple de StatusNet. C’est un bon logiciel de micro-blogging, mais la version 1.0 a inauguré de nouvelles fonctions, le destinant davantage à un usage en entreprise. Si je veux continuer à avoir un logiciel à jour du point de vue de la sécurité, il me faut adopter cette branche, même si elles contient de nombreuses fonctions que je n’utiliserai pas. D’où ma réticence à utiliser mon instance de StatusNet plutôt qu’Identi.ca. Parce que je ne sais pas combien de temps encore le logiciel me donnera satisfaction. Et n’ai pas envie de passer davantage de temps qu’aujourd’hui à assurer sa maintenance quotidienne.

Avec le temps, je suis de plus en plus réticent à installer de nouveaux logiciels. Je sais que chacun augmente le coût de maintenance, le temps que je devrais passer chaque jour à m’occuper du serveur. Multiplie également les risques d’attaque. Oui, la vieillesse est un long naufrage où l’on sombre lentement dans le conservatisme toujours plus figé ;)

On conseille souvent, pour garantir la pérennité de ses données, de ne pas faire confiance à des services qui risquent de fermer du jour au lendemain, mais de privilégier l’auto-hébergement. C’est vrai. En partie. Car l’auto-hébergement ne protège pas de l’obsolescence des logiciels et des technologies. Le Web grand public a une quinzaine d’années à présent, et j’ai l’impression que la plupart de ses contenus des premières années ont commencés à disparaître. Et pas seulement parce qu’ils étaient hébergés chez Mygale ou GeoCities. Que deviendront tous nos contenus stockés dans des bases MySQL lorsqu’un de ces jours Oracle achèvera la base de données de nos premières amours. Aurons-nous l’envie / le courage d’installer une autre base et de migrer ?

Outre l’obsolescence des technologies et le coût de maintenance des logiciels serveurs, un autre point à prendre en compte pour assurer la pérennité de nos contenus est la gestion de la permanence des URLs. Des URLs sympa ne devraient pas changer. Hélas, lorsqu’on crée un contenu, on ne fait pas toujours attention à l’URL. On laisse le CMS la fixer pour nous. On n’imagine pas tout ce qui va arriver, les autres espaces de nom dont on aura besoin pour d’autres projets, etc. Cinq années, deux changement de logiciel et un d’hébergement plus tard, on se retrouve à gérer des règles de ré-écriture d’URL de plus en plus complexes pour que tout le bazar reste accessible. La prochaine fois, il faudra réfléchir davantage aux URL avant de lancer un nouveau projet.

Tout cela pour dire qu’à l’instar de bon nombre de mes estimables collègues, je me dis de plus en plus que la meilleure solution de publication sur le Web, la plus résistante parce que peu coûteuse en maintenance, celle qui garantit la pérennité à long terme des contenus, c’est un bon vieux site statique en HTML. Ce qui ne signifie pas non plus revenir entièrement au début de l’histoire et recommencer à tout faire à la main, car on serait vite fatigué et repartirait pour un nouveau cycle d’invention de systèmes de publication. Pas revenir au tout début, non. Mais apprendre de ces dix ou quinze ans depuis lesquels on publie nos bêtises en ligne, pour essayer de rendre le Web un peu plus résilient.

Quand à savoir si assurer la pérennité sur le long terme de nos publications a le moindre intérêt autre qu’égocentrique… Je répondrais oui, sans hésiter. Nos gribouillis font partie de notre mémoire et de la mémoire commune. Et la mémoire est importante. Ne serait-ce pour nous rappeler qu’on n’apprend rien de nos erreurs.

  1. à la décharge de son créateur, Evan Prodromou, il semble seul pour s’occuper d’un service équivalent à Twitter.

  2. car StatusNet n’est pas seulement une version libre de Twitter, c’est aussi un logiciel intégrant nativement des fonctions de décentralisation. Son but n’est pas de créer un site unique, pendant à Twitter basé sur un logiciel libre, mais que chacun, ou chaque communauté, installe sa propre instance du logiciel, les instances permettant les conversations de l’une à l’autre. Si cette logique était largement adoptée, la défaillance d’un serveur ne pénaliserait que peu les utilisateurs du logiciel.

Chacun cherche son Sauveur

La citation du jour est de la vacancière danah boyd :

The top stories in 2011 all focused on the ways in which tech can be seen as savior. In early half of 2011, the focus was on the Arab Spring and opportunities tech brought to potential of democracy. In latter half of 2011, focus on Steve Jobs, and the idea that he could actually affect the economy and tech would be the savior of our contemporary economy. All of this got woven together to see tech as an opportunity, a potential, an excitement. We swing between utopian rhetorics and dystopian rhetorics around technology. In 2011, for better or worse was definitely a utopian year.

Ce qu’on pourrait traduire par :

Toutes les histoires qui ont fait la Une en 2011 tournaient autour des moyens de voir les nouvelles technologies comme le Sauveur. La première moitié de l’année, on s’est intéressé au Printemps Arabe et aux possibilités que les technologies offrent en terme de démocratie. Ensuite l’attention s’est portée sur Steve Jobs et l’idée qu’il pourrait influer sur l’économie et que la technologie pourrait sauver l’économie contemporaine. Tout cela a été mélangé pour faire de la technologie une chance, un potentiel, une excitation. On balance entre les rhétoriques utopiques et dystopiques sur la technologie. Pour le meilleur et le pire, 2011 a vraiment été une année d’utopies.

[danah boyd][danah] in [What mattered most in technology in 2011][mattered]

Cela rejoint une réflexion que je me fais pratiquement tous les matins et voulais partager depuis longtemps.

Le désespoir est l’ennemi de la raison, à mesure qu’il s’installe je vois la déraison et l’obscurantisme grignoter de plus en plus. Tous les matins, sur le chemin du métro, je croise des Loubavitchs qui emmènent leur enfants à l’école communautaire. Dans mon quartier, toutes les boulangères sont voilées. Et les Témoins de Jéhovah disputent inlassablement aux évangélistes (et aux distributeurs de prospectus publicitaires Bolloré) les meilleurs emplacements autour des bouches du métro. Lorsque que je ressors du tube dans un de ces quartiers d’affaire où pullulent les start-up qui me nourrissent, le poids de la religion est le même, seules les idoles changent. Ici on vénère Jobs ou les gourous de la Vallée de Silicium en sacrifiant des vies au mythe de la petite entreprise innovante qui va changer le monde.

Depuis le temps qu’on nous martèle que les utopies sont mortes, nous sommes de plus en plus nombreux à nous réfugier dans l’obscurantisme et l’attente qu’un Allah, Jéhovah, Jobs, O’Reilly ou autre vienne nous sauver. Et ce n’est pas près de changer, puisqu’une bonne partie de 2012, en fRance du moins, va être consacrée au choix de la couleur de la cravate de cet autre type de sauveur mythique qu’est le bon berger chargé de veiller à ce qu’on reste dans le chemin tracé par les agences de notation.

J’aurais bien conclu en musique sur un petit rappel qu’il n’est pas de sauveur suprêêêêêeme… mais pas moyen de trouver une version de l’Internationale libre et en OGG :(

Génération Github

Oubliez toutes les générations précédentes, Mitterrand, désenchantée, X, Y…1. Pascal Finette2 nous annonce l’arrivée d’une nouvelle génération, la Génération Github. (en lisant l’article je l’avais trouvé intéressant et vu sa taille j’ai décidé de le traduire. À la réflexion, je me suis aperçu que je n’étais en fait pas vraiment d’accord, hormis avec sa phrase centrale. Tant pis, je vous le livre, faites-vous votre avis)

Génération Github

1 205 808… Plus de 1,2 million de gens utilisent Github aujourd’hui.

Toute une génération de développeurs et de bidouilleurs du monde entier grandissent avec Github profondément ancré dans leur ADN de développeur. C’est une génération entière de gens pour qui partager le code est le comportement par défaut (la grande majorité des dépôts de code sur Github sont publics — il faut payer pour avoir de dépôts privés). Toute une génération qui non seulement utilise des logiciels et du code libre, mais a décidé que garder le code privé n’est plus important.

Voici le futur. Apprendre, partager, innover à l’air libre. Ce qui compte, c’est la façon dont les choses sont réalisées, pas votre propriété intellectuelle.

À présent, allez-y et récupérez ce que ces 1,2 millions de bidouilleurs ont mis dans leurs plus de 3,5 millions de dépôts de code. Apprennez. Partagez et donnez en retour. Et créons la troisième vague de startups Internet (après la première bulle et son explosion à la fin des années 90, et la vague actuelle de startups orientées réseaux sociaux, Web 2.0 et compagnie), à partir du génie bien enraciné de la Génération Github.

Je ne peux pas attendre !

[Génération Github][generation] par Pascal Finette

Factuellement, la thèse de Pascal est un peu discutable :

  • les développeurs n’ont pas attendu Github pour partager leur code. L’antique SourceForge revendique 3,4 millions de développeurs, 324.000 projets (souvent d’une autre ampleur que ceux qu’on trouve sur Github) utilisés par 46 millions de personnes;
  • si GitHub est emblématique, c’est également réducteur de limiter la Génération Libre à ce site. Car l’esprit du libre souffle aujourd’hui bien au-delà du logiciel. Avec Wikipédia, des millions de contributeurs préfèrent partager leur savoir plutôt que le garder pour eux. Autour de licences comme l’Art Libre ou les Creative Commons, des millions d’artistes partagent leur travail, autorisent les autres à le réutiliser, le remixer, le redistribuer librement. Ce mouvement va bien au-delà du code.

Là où je rejoins Pascal, c’est qu’effectivement, depuis la création du projet GNU en 1984 par Richard Stallman, au travers entre autres de forges logicielles comme hier SourceForge et aujourd’hui GitHub, l’esprit du libre s’est peu à peu répandu jusqu’à faire à présent partie intégrante de l’ADN de bon nombre de créateurs, d’artistes, d’artisan, du code ou d’autres discipline. Et oui, cet esprit est selon moi l’avenir. Créer à l’air libre, l’important c’est l’œuvre, pas sa propriété.

Je passerai sur la seconde partie et l’appel à utiliser cette culture pour créer des startups. On est là dans l’idéologie libérale yankee qui veut que le progrès social ne puisse naître que des entreprises. Amusant lorsqu’on voit que jusqu’à présent, la culture libre est née et a grandi sans l’aide des entreprises, et même bien souvent en devant s’opposer à elles pour survivre. Mais je trollerai sur le sujet un autre jour.

  1. sauf évidemment celle des Who !

  2. en charge du programme d’innovation ouverte de Mozilla, WebFWD, une sorte de pépinière à startups;

Sémantique

Actuellement, je rédige les notes sur ce cahier en utilisant la syntaxe Markdown. Je suis adepte depuis longtemps de ce type de syntaxes de marquage légère, qui permettent d’ajouter un minimum d’informations sémantiques sans gêner ni la frappe ni la relecture. J’ai choisi Markdown car c’est l’un des formats des plus populaires, pour lequel existent des outils dans la plupart des langages de programmation. Il n’est cependant pas exempt de défauts. En particuliers, sa simplicité se paie par certaines limitations, comme l’absence de gestion de notes de bas de page. Pour y pallier, différentes extensions ont vu le jour. Malheureusement, aucune structure ne gère le format Markdown, aucune extension n’est donc officielle et leur implémentation par les bibliothèques varie. Dès lors que l’on sort des balises de base de Markdown, on n’est donc plus sûr que nos marqueurs seront correctement reconnus et traduits, on perd en interopérabilité.

Outre les notes de bas de page, ce qui me manque le plus en Markdown est la possibilité d’ajouter davantage d’informations sémantiques, en utilisant des micro-formats, des micro-datas ou, plutôt, du RDFa (ou sa variante allégée RDFa-Lite).

Pour aller dans ce sens, je vois deux pistes:

  • proposer une nouvelle extension à Markdown. Une proposition a été faite pour enrichir le Markdown utilisé par Diaspora, mais elle semble être la fait d’un seul individu et n’avoir pas eu d’écho;
  • utiliser la possibilité offerte par le format de mélanger ses balises avec du POH. L’extension Extra offre une grande liberté en la matière.

La seconde option est moins élégante, obligeant à alourdir le texte de balises HTML. Mais elle me semble nettement plus pérenne. La première implique en effet de trouver un cadre de définition d’une nouvelle spécification, puis d’espérer que les bibliothèques existantes implémentent cette extension, et le face de manière consistante. Créer une extension sémantique à Markdown me semble donc un bonne idée, mais peu réaliste en pratique. De plus, l’objectif de Markdown est d’être simple. RDFa, même allégé, n’est pas simple. Je ne suis pas sûr qu’en « markdownisant » sa syntaxe, le gain en simplicité d’écriture et en légèreté soit suffisant pour justifie le développement et l’implémentation d’une nouvelle norme.

Mais ce n’est que l’état de ma réflexion ce matin, je ne demande pas mieux qu’à changer d’avis. Si vous voulez en discuter, David vient d’ouvrir un canal, #mdlite sur le serveur freenode.

Learning, Freedon and the Web

Voici un rapide résumé d’un article de Ben Moskowitz intitulé « Learning, Freedom and the Web – read all about it! »

En 2012, Mozilla va essayer de se développer dans l’éducation. L’éducation au Web, ses techniques et sa culture. L’éducation via le Web. Et l’éducation en utilisant les valeurs du Web. Plusieurs des projets qui ont muri cette année et ont amené la Fondation à s’intéresser à l’éducation, sont nés lors d’un week-end à Barcelone, lorsqu’en 2010 500 personnes se sont rassemblées pour le premier festival Mozilla. Pour que la mémoire de ce festival ne soit pas perdue, Ben, Anya Kamenetz et d’autres protagonistes ont travaillé ces derniers mois à en collecter le récit. Un livre en a été tiré, consultable en ligne, que l’on peut également télécharger ou acheter au format papier. Il compile des entretiens avec des participants, des compte-rendus qu’ils ont rédigé, des touittes envoyés tout au long de l’évènement, des photos… Le code source de la version HTML est distribué sous licence CC-BY-SA pour permettre à chacun de le réutiliser à sa guise.

Le livre s’interroge sur l’apport des valeurs du logiciel et de la culture libres à l’éducation, aux moyens d’apprendre le Web, par le Web et avec lui, etc. C’est à la fois un nouveau manifeste où Mozilla essaie d’expliquer ses buts en matière d’éducation, et un guide pratique pour organiser des hackfests, jouer avec Popcorn.js, bidouiller avec Arduino…

Fork me on GitHub