L’éducation finlandaise

Ce billet a été publié pour la première fois le 08 septembre 2013 mais je me suis trompé et l’ai daté du 14. Je conserve l’erreur pour ne pas modifier l’URL. Je le mettrai à jour à mesure qu’on me donnera de nouveaux liens.

Une mère de famille de ma connaissance me vante le système éducatif finlandais depuis qu’elle en a eu un aperçu dans un récent documentaire télévisé. Coïncidence, l’indispensable Monolecte vient de signaler un article de Philippe Descamps sur l’éducation finlandaise paru dans le Diplo de janvier 2013. J’en déduis qu’il se passe des choses intéressantes du côté du cercle polaire. Comme je n’ai évidemment pas le temps de creuser, je met ici les quelques liens que j’ai trouvés, des fois que ça intéresse des gens.

Ce documentaire s’intitule « L’École à bout de souffle » et a été réalisé en 2011 par Marina Julienne.

PS : oui je sais, il serait temps que ce carnet d’esquisses redevienne ce pour quoi je l’ai créé, un vrai carnet de brouillon où je m’autorise à publier n’importe quoi, même si c’est à peine plus long qu’un gazouillis.

Localiser, c’est aussi bidouiller

Des extensions comme Stylish ou GreaseMonkey ont beaucoup fait dans ma prise de conscience du caractère bidouillable du Web. Stylish permet d’appliquer une feuille de style personnalisée à n’importe quel site. Par exemple si vous trouvez qu’une fonte trop petite ou une largeur de colonne excessive rendent la lecture d’un de vos sites favori fatigante, vous pouvez aisément y remédier. Et si vous n’y connaissez rien en CSS, des utilisateurs partagent leurs feuilles de style alternatives sur un site. GreaseMonkey sert lui à exécuter des scripts sur certaines pages, vous permettant de les modifier à volonté. Là encore, des milliers de scripts créés par la communauté sont disponibles, qui améliorent l’interface de Facebook, YouTube, etc.

M’est soudain venue l’idée d’appliquer le même principe à la localisation. Il y a de nombreux sites populaires dont l’interface n’est pas localisée ou pas disponible dans toutes les langues. Pourquoi ne pas les localiser collectivement via une extension au navigateur ? Il suffit d’extraire toutes les chaines des pages, les traduire, partager la traduction, et disposer d’une extension qui à la demande interroge un annuaire pour savoir si une traduction de la page sur laquelle on est est disponible.

Je viens de torcher un prototype sous forme d’une extension Firefox, lionish. C’est évidemment moche, plein de bogues et ça noie votre ordinateur dans du pipi de chat. Si des téméraires veulent essayer et me faire des retours, ils seront les bienvenus. L’extension se contente d’extraire toutes les chaînes d’une page, et de les convertir à un pseudo format gettext. Et bien sûr elle peut charger un tel fichier depuis une URL et tenter de l’utiliser pour traduire la page. Un xpi est disponible sous Github, mais il est évidemment bien plus sûr de le cuire vous même avec le SDK JetPack.

Pour mes tests, j’ai joué avec un tutoriel de Webmaker traduit dans un pad. Le pad permet de collaborer pour traduire une page (sous réserve qu’il ne soit pas vandalisé).

Si l’idée plait, je vous laisse le soin de la développer, trouver des idées pour partager les localisations, etc. Pour ma part, je vais probablement juste m’en servir pour traduire les quelques pages dont je vais peut-être avoir besoin pour un atelier de bidouille Web.

Mise à jour du 25 juin : on me souffle que ça manque de documentation. Pour traduire une page :

  • cliquez sur l’icône de l’extension dans la barre des extensions, puis sur Extract. La liste des chaînes à un format pseudo gettext s’affiche ;
  • copiez cette liste quelque part, par exemple dans un Pad, et traduisez les chaînes ;
  • dans la fenêtre de l’extension, entrez l’URL du fichier contenant les traductions (attention, si vous avez traduit dans un pad, il faut récupérer l’URL de la version en texte brut, ie du lien Plain Text du menu Import / Export) ;
  • en cliquant sur Translate la magie devrait s’opérer.

Attention, encore une fois ça n’est qu’une validation du principe, ni testée ni dévérolée. De nombreuses questions restent en suspend, mais avant d’aller plus loin j’aimerais avoir quelques retours, pour savoir si le concept est intéressant ou si c’est une grosse connerie.

Mozilla au delà de Firefox

Je voudrais enfin essayer de résumer ici les présentations que j’ai données en 2012 à Pas Sages en Seine (merci Thomas) et 2013 lors d’une des soirées d’inauguration des nouveaux locaux parisiens de Mozilla (merci clarista).

J’ai tenté à ces deux occasions de lever un malentendu très répandu sur ce qu’est Mozilla : contrairement à ce que beaucoup croient, Mozilla n’est pas un éditeur de logiciels. C’est un projet global visant à défendre et promouvoir une certaine vision d’Internet.

Mozilla…

On l’ignore souvent, mais ce qui est censé unir tous les Mozilliens, malgré leur grande diversité, c’est un ensemble de valeurs qui ont été formalisées dans un texte manifeste. Pour comprendre l’essence de Mozilla, il faut d’abord lire ce texte et se convaincre qu’il ne s’agit pas d’écoblanchiment. À l’époque de la fondation du projet, ce texte avait un vrai sens, n’était pas une simple opération marketing pour tenter de transformer un vulgaire produit en mouvement de société. C’est sur la base des valeurs qu’il affirme, et des actions concrètes pour défendre ces valeurs, que beaucoup ont rejoint le projet. Il est important de relire de temps en temps Manifeste, pour ne pas oublier le sens de notre engagement dans le projet.

Mozilla est donc un projet qui fédère une communauté de personnes qui se reconnaissent dans les valeurs et les objectifs du manifeste et contribuent d’une manière ou d’une autre à les promouvoir.

Structurellement, le projet repose sur quatre pieds (ce qui n’est pas toujours simple pour garder l’équilibre) :

  • une fondation, sorte d’ONG qui tient le gouvernail du projet. On l’abrège souvent en MoFo ;
  • une entreprise, parce qu’un des moyens de défendre nos valeurs est de développer des logiciels. Certains des développeurs sont salariés, cette structure les regroupe. Elle est gouvernée essentiellement par des membres de la MoFo, et on fait généralement référence à elle en parlant de MoCo ;
  • une communauté : ce sont des milliers de bénévoles dans le monde entier qui participent au projet, en développant des outils, les localisant, organisant des évènements de promotion, aidant les autres utilisateurs, trollant, picolant, faisant des câlins déguisés en panda roux, etc. La communauté est partiellement structurée via des associations (Frenchmozilla pour les francophones) et un programme de représentants officiels, mais reste majoritairement informelle ;
  • des partenaires, parce que deux valeurs essentielles de Mozilla sont l’ouverture et la collaboration. Nous ne pensons pas réussir à sauver le monde seuls et collaborons donc avec de nombreuses autres structures partageant nos buts sur des points précis.

La question des partenariats est l’occasion d’introduire un dernier mot pour définir Mozilla : le pragmatisme. Du point de vue de l’adoption par le grand public, Mozilla est aujourd’hui le projet libre le plus réussi. Cette réussite est en grande partie due à une approche très pragmatique consistant à ne pas hésiter à se salir les mains, à utiliser tous les moyens pour parvenir à son but. La morale et l’éthique sont des choses très personnelles, et les décisions de Mozilla font souvent grincer des dents. Qu’il s’agisse du contrat avec Google pour un certain nombre de services (recherche, géolocalisation, lutte contre les sites frauduleux, etc.) ou de tous les partenariats industriels avec des Foxconn, Sony ou autre pour assurer le succès de Firefox OS. Et je ne parle même pas des bises à des politiciens bien éloignés des valeurs que nous prônons. Indéniablement, pour participer à Mozilla, il faut avoir l’estomac bien accroché. Mais je ne doute pas que le succès du projet est en parti dû à ce pragmatisme.

…Et les Créateurs de Web

Un peu d’histoire

L’histoire de Mozilla, tout le monde la connait. À la fin des années 90, Microsoft est sorti vainqueur de la Première Guerre des Navigateurs. N’ayant rien à gagner sur le Web, elle a abandonné le développement d’IE, et pendant plusieurs années toute innovation sur le Web a été gelée par la domination massive d’un navigateur qui n’évoluait plus. Cette première glaciation a heureusement pris fin grâce à Mozilla, avec Firefox, à Google, avec Chrome et ses services, à quelques éditeurs de sites qui ont malgré tout réussi à montrer que le Web pouvait être également une plate-forme applicative, et à des gens de tous horizons qui ont commencé à imaginer de nouvelles évolutions à HTML.

Au mitan des années 2000, le Web avait redémarré, Firefox était devenu un acteur incontournable, et Mozilla a donc commencé à réfléchir aux moyens de continuer à promouvoir l’ouverture et l’innovation sur le Web. Des appels à projet ont été lancés, des prototypes partant dans tous les sens sont sortis des laboratoires. Peu à peu s’est dégagée l’idée qu’en donnant aux internautes un navigateur, on leur permettait aujourd’hui de consulter des gif animées de chats. Mais pour les convaincre de l’importance d’un Web ouvert, et de la nécessité d’agir quotidiennement pour défendre cette ouverture, il fallait les aider à s’émanciper en leur apprenant à utiliser l’outil pour s’exprimer, pour créer. Ainsi, demain, 100.000 CanIHazCheezburger pourront fleurir, dynamiter les silos dans lesquels le Web est en train de s’enfermer, et c’est nous qu’on aura gagné.

Ainsi est né le projet Webmakers.

Webmakers participe évidemment d’un mouvement plus global de promotion de l’alphabétisation numérique. Les technologies numériques prennent une telle place dans notre vie que juste enseigner l’usage de quelques outils ne suffit pas. Il est indispensable d’expliquer le fonctionnement du réseau, de donner les rudiments permettant à ceux qui le souhaitent de passer de simples consommateurs à acteurs. Enseigner, peut-être pas à coder, mais comment le code fonctionne. Ce savoir est indispensable pour être des citoyens des espaces numériques en pleine possession de nos moyens. Mais trêve de lyrisme marketeux, entrons un peu dans le cœur du projet.

Webmakers

Comme Firefox, Webmakers aspire à toucher le grand public, des millions d’internautes. Comprendre le réseau et savoir créer avec le Web ne devraient pas être réservés à une minorité d’informaticiens. Ce sont des savoirs qu’il est important de transmettre à un maximum d’internautes. Le projet s’adresse aussi bien aux néophytes qu’aux créateurs du monde analogique. À ceux là, Webmaker veut donner les moyens d’ntégrer le Web à leur travail.

Le but du projet est double : permettre aux internautes de prendre le contrôle de leur vie numérique, ce qui nécessite de comprendre le fonctionnement du réseau ; et les aider à créer à créer sur le Web, à créer avec le Web.

Webmakers ne sort évidemment pas du néant. D’un point de vue pédagogique, l’idée principale est de lier apprentissage et réalisations. C’est en faisant qu’on apprend. Plutôt que des cours magistraux, Webmakers propose donc des projets donc la réalisation apportera de nouvelles connaissances. Il s’agit également d’adapter les méthodes de travail de Mozilla, ouverture et collaboration, à l’apprentissage. Enfin, le projet s’inscrit également dans un mouvement assez présent aux USA, les « makers », des bricoleurs qui fabriquent par eux-même toutes sortes de choses, œuvres d’art comme outils pratiques. Webmakers entend couvrir le même spectre, aider les bricoleurs du dimanche, les artisans et les artistes.

Les outils

Webmakers met aujourd’hui à disposition un certain nombre de ressources et d’outils.

Hackasaurus

Hackasaurus est l’un des premiers outils à avoir été forgés. Il vise à permettre de saisir la structure d’une page Web et à apprendre à la modifier. Des lunettes à rayon X, que l’on installe dans son navigateur, permettent de découvrir le code de n’importe quelle page, de le modifier simplement, par exemple pour remplacer une image par une autre, et de republier et partager la version modifiée de la page. C’est l’outil idéal pour faire prendre conscience du caractère malléable du Web. Avec peu de connaissances, on peut étudier, adapter, modifier des contenus existants. Remixer est la première étape vers la création de ses propres contenus.

Thimble

Cette première étape franchie, si l’on désire apprendre les technologies Web, Thimble est là. C’est un éditeur en ligne qui permet de créer une page Web et de visualiser en direct son rendu. Mais Thimble sert surtout de support à des dizaines de formations. Celles-ci se présentent sous la forme de pages HTML que l’on charge dans l’éditeur. Des instructions contenues dans les commentaires guident les pas, et au fur et à mesure qu’on les suit, on crée une page que l’on peut ensuite partager avec ses amis. Eux-même pourront à leur tour cloner notre création, la modifier, la partager. Des dizaines de modèles sont déjà disponibles sur le site et chacun peut en proposer de nouveaux.

Popcorn

Un ennemi du Web ouvert a longtemps été Flash, une technologie privative malheureusement indispensable pour un certain nombre d’usages. Mozilla a travaillé d’arrache-pied pour lui proposer des alternatives ouvertes et libres, notamment pour diffuser de la vidéo. Dans ce dernier domaine, le combat est en passe d’être gagné : les navigateurs savent afficher nativement des contenus vidéo. L’intérêt est que désormais les vidéos sont un composant comme un autre d’une page, qui peut interagir avec les autres éléments. Pour le démontrer, un petit projet est né, Popcorn, qui a aujourd’hui pris de l’ampleur.

Popcorn se compose à présent d’une bibliothèque JavaScript, popcorn.js qui permet de créer très simplement des effets et des interactions. On peut par exemple rajouter des éléments dans la vidéo (dans telle séquence, ajouter un flèche pointant vers un détail) ou afficher du contenu lié (une carte lorsqu’on parle d’un lieu, la biographie Wikipédia d’un personnage, etc). La bibliothèque donne aux créateurs de documentaires Web tous les outils dont ils ont besoin.

Pour simplifier l’utilisation de popcorn.js, un outil d’édition et de montage vidéo, Popcorn Maker, est à présent disponible. C’est un outil en ligne pour éditer ses vidéos et utiliser popcorn.js sans connaître la programmation.

Enfin, Mozilla participe fréquemment à des projets de documentaires Web. Pas de simples démonstrations, mais de vrais documentaires qui permettent tout à la fois de montrer les capacités du Web et de réfléchir aux moyens d’aller encore plus loin. Mais ici, une démonstration vaut 10.000 mots, donc je vous encourage vivement à aller faire un tour dans la galerie de projets.

Open Badges

La pédagogie de Mozilla intègre une grosse part de réalisations pratiques et un aspect ludique. Apprendre doit apporter une récompense immédiate. Ça peut être l’objet que l’on a créé, mais aussi une médaille validant un apprentissage, comme dans les jeux. Nombre de Mozilliens ayant semble-t-il, youkaïdi, trempé dans le scoutisme dans leur jeunesse, youkaïda, un système de certificats a été créé sur le modèle des badges que l’on obtient en scoutisme pour valider que l’on sait organiser une soirée feu de camp avec deux silex ou passer au cirage la bite de son collègue. Bien entendu, ces badges contiennent l’ADN mozillien. Le projet Open Badges c’est donc à la fois un format pour décrire une compétence que l’on a validée, et un ensemble de logiciels libres pour distribuer des badges, les afficher, etc.

Concrètement, n’importe qui peut installer une autorité qui délivre des badges. On peut ensuite afficher les badges que l’on a gagnés sur ses différents profils sur les réseaux sociaux. Un mécanisme permet évidemment à n’importe qui de vérifier la validité de la médaille, via une simple vérification de signature électronique.

À ce jour, le système a déjà été adopté par 800 organismes, locaux et globaux, qui s’en servent pour valider des compétences. 100.000 badges ont été émis. Les formations dispensées par la P2PU débouchent sur un diplôme sous la forme d’un ou plusieurs badges. L’engagement au sein de Mozilla commence également à être validé de la sorte : un badge pour avoir contribué du code, un autre pour avoir répondu aux questions d’utilisateurs, un troisième pour bonne résistance à la bière, etc. Et la fondation d’un ex président yankee adepte de cigares vient d’annoncer qu’elle allait également utiliser Open Badges pour valider les compétences de deux millions d’étudiants et de travailleurs.

L’étape suivante consiste à démocratiser l’utilisation des badges par chacun pour témoigner des compétences acquises quotidiennement. Et bien sûr à faire reconnaître ces badges par le monde du travail.

Des partenariats

Outre les précédentes initiatives portées essentiellement par Mozilla, divers partenariats sont développés :

  • avec la P2PU, une université en ligne proposant des cursus gratuits et de pairs à pairs, c’est à dire encourageant l’entraide entre les étudiants. Les premiers cursus étaient plutôt techniques mais ils s’ouvrent désormais à d’autres matières ;
  • depuis plusieurs années, Mozilla collabore avec plusieurs universités pour aider à la formation d’étudiants en informatique. C’est le cas par exemple du Seneca College de Toronto ou de la MIAGE d’Evry où cette année des étudiants, encadrés par des Mozilliens, ont travaillé sur des applications Web pour Firefox OS. Si de telles collaborations vous intéressent, n’hésitez pas à contacter Yoric ;
  • New York est une bourgade d’Amérique du Nord où existe un fort maillage d’associations de quartier proposant du soutien scolaire. Hive NYC est un réseau d’une soixantaine de partenaires, dont Mozilla, qui essaient d’intégrer l’alphabétisation numérique à ce soutien. Le réseau sert de terrain d’expérimentation pour Webmakers et est une application de la bonne vieille devise : « penser globalement, agir localement ».

Les évènements

Avoir des outils, c’est bien, les utiliser c’est mieux. Pour encourager chacun à organiser des formations, Mozilla lance pour la deuxième année une campagne estivale, la « Maker Party ». Du 15 juin et 15 septembre, chacun est invité à organiser des évènements locaux : réunion entre voisins, atelier pour les enfants, bidouillonthons, etc. Le but : créer ensemble quelque chose, apprendre, et bien sûr faire la fête. En 2012, plus de 700 évènements avaient été organisés dans 80 pays. Malheureusement la France n’a je crois rien organisé en 2012 et pour l’instant peu de choses sont prévues en 2013. Toutes les bonnes volontés pour nous aider à rattraper ce retard sont bienvenues.

Une fois par an, les créateurs de Web se retrouvent également lors d’un festival. Le premier, à Barcelone en 2010, a posé les fondements de ce qui allait devenir Webmakers. En 2012, 900 personnes se sont réunies pendant 3 jours à Londres pour discuter, coder, picoler, autour des sujets de l’enseignement des humanités numériques, de l’impact du Web dans le monde des jeux et des médias, et de mobilité. Cette année, c’est à nouveau Londres qui accueillera les festivités du 25 au 27 octobre.

Enseigner le Web

Le dernier aspect de Webmakers est un ensemble de ressources pour aider à enseigner le Web. En mai et juin 2013, un cours en ligne a été mis en place pour former des mentors, chargés d’enseigner le Web et de former d’autres mentors. Des kits sont en train d’être développés comme support pour organiser des sessions de formation. Ils sont bien sûr bidouillables pour que chacun puisse les adapter.

WebFwd

Je l’ai déjà dit, Mozilla n’a pas la prétention de réussir seule à rendre le Web pour ouvert, accessible, attirant. Elle soutient depuis longtemps des initiatives et des projets tiers. Elle croit également, personne n’est parfait, que l’innovation peut provenir de jeunes entreprises comme les startups. Un incubateur a donc été lancé pour aider les jeunes pousses à tirer le Web en avant : WebFWD. Évidemment, ce n’est pas un incubateur classique, mais perfusé par les valeurs de la fondation. Il se concentre sur les projets au moins partiellement libres qui permettront de rendre le Web plus ouvert. À ceux-là, WebFWD offre une formation théorique et pratique de 12 semaines et l’accès à des ressources logistiques et à des experts. Plusieurs appels sont lancés chaque année pour sélectionner les entreprises qui participeront au programme.

Et encore

Mozilla veut explorer tous les usages du web, et participe à de nombreux autre projets en ce sens.

L’un des plus important est OpenNews, ou comment imaginer l’information à l’heure du Web. Pour la deuxième année consécutive, dix rédactions de grands médias traditionnels (la BBC, le New York Times, le Guardian, le Spiegel, le Boston Globe…) accueillent pour une durée d’un an un compagnon chargé d’essayer d’imaginer ce que le Web peut apporter aux rédactions. Des articles sont régulièrement publiés, et des bidouillothons permettent de développer des logiciels, évidement libres, pour aider le travail des journalistes. Des ressources sont partagées en ligne.

Dans la même lignée, OpenArt soutient des projets artistiques utilisant le Web, et un nouveau projet vient d’être annoncé à destination des chercheurs. Mozilla a également organisé un concours, Ignite, dans le cadre des projets de recherche aux USA sur l’Internet à très haut débit. Le but était d’explorer les nouveaux usages que permettront de tels réseaux.

Enfin le panorama serait incomplet si je ne citais les diverses initiatives visant à protéger la vie privée. L’essentiel est bien sûr dans le code des outils développés, mais Mozilla participe également régulièrement à des campagnes contre divers projets de lois liberticides, et s’implique activement pour donner aux internautes les moyens de lutter contre le traçage et le profilage par des sociétés du marketing. Une petite extension, Collusion, a ainsi été développée qui permet de visualiser le traçage et de prendre conscience de toutes les informations collectées à notre insu à partir de l’espionnage de notre navigation.

weneedyou

Pour long qu’il soit, ce résumé est probablement très incomplet. La galaxie des projets dans lesquels Mozilla est impliquée est très très vaste. Si la fondation peut s’engager dans autant de projets, malgré ses moyens limités, c’est en grande partie grâce aux bénévoles de la communauté. Elle a donc besoin que de plus en plus de gens s’investissent. Si certains de ces projets vous intéressent, je vous encourage vivement à aller y regarder de plus près et essayer d’y contribuer.

Mais, malheureusement, la gouvernance de Mozilla est en grande partie étasunienne, et la localisation est souvent négligée. Je ne parle pas seulement de traduction des ressources, mais bien de localisation, d’adaptation aux contextes et aux sensibilités dans chaque partie du globe. Nous avons donc besoin au sein de la communauté francophone de davantage de bonnes volontés pour s’investir dans ces projets et permettre aux internautes de nos régions d’en profiter pleinement. C’est un tâche assez ingrate, mais le résultat vaut le coup. Surtout, la communauté francophone comporte plus de gens biens que de connards amer, et on y rigole bien. Alors viendez, on a vraiment besoin de vous !

Fils de Pong

Avertissement : cette note parle de jeux, un secteur auquel je ne connais strictement rien. Elle est donc sans doute bourrée d’erreurs, n’hésitez pas à me les signaler, merci.

Mozilla et Epic Games avaient créé la sensation en Mars en présentant Epic Citadel, un jeu qui fonctionne dans le navigateur. Epic Citadel utilise le moteur de rendu Unreal Engine 3, écrit en C++. Le code de celui-ci a été converti en JavaScript via Emscripten, et s’exécute pratiquement sans perte de performances dans les versions nocturnes de Firefox grâce à son moteur JavaScript optimisé pour asm.js. Cette démonstration est enfin disponible en ligne et vous pouvez la tester. Pour l’instant, du fait de bugs dans les implémentations de WebGL des autres navigateurs, elle ne semble malheureusement fonctionner parfaitement que dans Firefox, mais elle devrait également bientôt tourner dans tous les navigateurs supportant WebGL (Opéra, Chrome, Safari et peut-être même IE dans une dizaine d’années). Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller lire cet article de Vladimir Vukićević et l’annonce d’Epic Games.

La sortie d’Epic Citadel n’est pas qu’un épiphénomène, une démonstration de faisabilité, mais un symptôme parmi beaucoup d’autres de l’effervescence qui règne en ce moment dans le monde des jeux en HTML5. Pour preuve ces quelques autres actualités que j’ai vu passer ces derniers jours :

  • pour encourager le développement de jeux en HTML, une catégorie dédiée a été créée sur MDN. Toute aide pour enrichir cette documentation et la traduire est évidemment la bienvenue ;

  • Turbulenz vient de libérer sous licence MIT le moteur de jeux 2D et 3D qu’ils développent depuis plusieurs années. Le code, très complet, est sur Github ;

  • Gamua est une société qui développe entre autre Starling et Sparrow, des moteurs 2D libres pour écrire respectivement des jeux Flash en ActionScript et iOS en Objective C. Ils ont annoncé une version Web de Starling, basée sur TypeScript (un sur-ensemble typé de JavaScript, impulsé par Microsoft) et WebGL. Elle partagera une API commune avec Starling et Sparrow, pour simplifier la création de jeux fonctionnant dans les trois environnements ;

  • parmi les autres signes du déclin de Flash, Unity a annoncé il y a peu qu’ils cessaient le support de cette plate-forme ;

  • les moteurs de jeu en HTML5 se multiplient, un site leur est désormais consacré, HTML5 Game Engine ;

  • Microsoft a également bien compris l’importance des jeux pour promouvoir ses technologies. Voici par exemple un article de présentation de Phaser, autre moteur de jeu 2D en TypeScript et JavaScript ;

  • et enfin si vous voulez des démos, voici les gagnants d’un concours de développement de jeux HTML5.

On célèbre ces jours-ci les vingt ans de la libération du Web. Quelques mois après cette libération, et sans aucun rapport, sortait Doom, qui ouvrait une nouvelle étape dans l’univers des jeux vidéos, en commençant à populariser les jeux multi-joueurs en 3D. Ce sont probablement deux des faits marquants de l’informatique en 1993. J’apprécie le clin d’œil de leur mariage vingt ans plus tard.

Dans le domaine techniquement pointu, HTML5 est peu à peu en train d’assoir sa crédibilité. De plus en plus d’outils sont disponibles. Ils vont permettre de créer des jeux qui tourneront sur tous nos écrans, ordinateurs, tablettes, téléphones, télévisions… Les outils sont là, reste à coder les jeux, et ça c’est votre boulot, alors hop ! Moi, je m’en vais réciter des mantras. Le Web est la plate-forme et Firefox (OS) son prophète. ad libitum

Enterré dans un transparent

Un vendredi à l’heure de la sieste. Cinquante personnes entassées dans une salle pour assister à une réunion de service. Rituel des transparents qui défilent agrémentés d’images laules pour essayer de détourner l’attention de l’audience des ordiphones. Je n’ai pas d’ordiphone et m’emmerde tellement que j’en viens à suivre quelques minutes durant la présentation. Pour découvrir qu’elle contient nombre d’informations intéressantes, comme la mise à jour trimestrielle des noms internes des produits, titres des uns et des autres, etc. Le genre d’informations utiles au quotidien pour déchiffrer le jargon propre à la boîte et comprendre ce que disent mes petits camarades.

Hélas, toutes ces informations sont perdues. Enterrées dans pauvre point. Si je voulais les retrouver lundi, il me faudrait fouiller ma messagerie électronique ou les disques partagés pour récupérer le support de la présentation. Puis me battre pour ouvrir le .ppt. Y chercher l’information… Je ne le ferai jamais, et me demande d’ailleurs si quiconque a déjà ouvert un de ces documents envoyé à l’issue d’une présentation. C’est une des caractéristiques des documents PowerPoint. Écrits une fois, présentés une fois, jamais ré-ouvert. Quelle perte d’énergie, quelle perte d’information !

Ici, la forme (une présentation) va complètement à l’encontre de la diffusion pérenne de l’information. Pourtant cette forme n’est qu’une représentation de l’information. Quel dommage qu’en fait d’emballage Powerpoint crée des cercueils. Je suis de plus en plus partisan des chaînes éditoriales permettant simplement, à partir d’une information, d’en proposer plusieurs représentations. Par exemple, partir d’un fichier Markdown permet d’exporter le document en texte enrichi (pour l’envoyer par messagerie électronique), en HTML pour le mettre en ligne, et d’en faire une présentation avec des solutions comme S5 ou Slidy et apparentés. Un tel document peut être facilement consulté, réutilisé, indexé…

Pensez-y la prochaine fois que vous préparerez une présentation : est-ce que vous enfermerez les informations dans un format qui rendra leur réutilisation difficile, ou privilégierez-vous un format qui simplifiera leur diffusion ?

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