L'écrivaillon qui rêvait de cathédrales

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Je me demande si j’aime la direction dans laquelle va le Web.

Je me suis récemment amusé à une de mes vieilles marottes, ajouter de la sémantique sur ce site. L’occasion de constater une fois de plus l’état navrant du Web Sémantique :

  • il y a actuellement deux spécifications qui font pratiquement la même chose, RDFa Lite et les micro-données HTML5. Aucune ne semble prendre le dessus, il faut donc si on veut être exhaustif ajouter au code les attributs des deux (et des micro-formats pour faire bonne mesure). C’est peu lisible (cf la bouillie du code source de cette page)) et encore moins maintenable ;
  • bien peu d’outils existent, comme le souligne Karl, pour ne serait-ce que valider le code. Ne parlons même pas de consommer ces méta-données ;

Bien sûr, en cherchant et tâtonnant un peu, on y arrive, mais c’est laborieux, et il faut vraiment comme moi préférer affûter ses outils que s’en servir pour se donner la peine d’ajouter ces informations sémantiques.

On est en 2013, et le Web Sémantique reste toujours un rêve de chercheurs et un joujou pour geeks snobinards. Pratiquement rien n’a changé depuis que j’ai commencé à m’y intéresser il y huit ans. Quelle différence avec le chemin parcouru par le Web Applicatif. Jadis, deux visions du Web se sont affrontées. XHTML 2 vs HTML5. Le Web des données contre le Web des applications. Ceux qui voulaient que la toile SOIT une gigantesque base de toutes les connaissances que l’on pourrait interroger contre ceux qui voulaient l’utiliser comme fondation pour FAIRE. Être et faire, toujours. Le résultat est connu depuis longtemps, les pragmatiques l’ont emporté.

J’ai toujours eu le cul entre deux chaises. Je préfère savoir plutôt que faire, suis persuadé que le savoir est la condition sine qua non de l’action. Pratique excuse à mon immobilisme. Les promesses du Web des données me faisaient donc rêver. Construire une cathédrale dédiée au savoir. Mais je m’intéresse aussi à la liberté, et à tout ce qui nous donne les moyens concrets d’être plus libre, plus autonome. Et le Web des applications constitue de ce point de vue une formidable opportunité. Internet et le Web sont une des plate-formes les plus ouvertes qui soit. Les outils bâtis au-dessus embarquent par défaut cette ouverture dans leur ADN (ça n’est bien sûr pas une garantie, les contre-exemples sont légions, mais l’ouverture est une possibilité native). J’ai donc soutenu avec enthousiasme la croissance de ce Web, et l’arrivée de FirefoxOS est une étape très importante dans l’histoire du Web Applicatif, une chance de prouver que le pari original était le bon, que le Web est une plate-forme applicative sérieuse. Mais une étape c’est aussi l’occasion de faire une pause et de regarder dans le rétroviseur. Et de constater que cette évolution s’est aussi faite au détriment de mon cher Web Sémantique.

Le constat de cet échec à se concrétiser des promesses du Web Sémantique donne un goût un peu amer à la victoire en cours du Web Applicatif. Samedi prochain, je tâcherai de passer à l’App Day parisien. Mais, hormis fêter FirefoxOS, je me demande ce que j’y ferai. Après tout, je ne suis pas un menuisier numérique, juste un petit écrivaillon qui rêve de cathédrales.

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