Affûter ses outils

Publié le par /

Lu dans CQFD, cet extrait :

(…) la formule du groupe Sex Pistols « Don’t know what I want, but I know how to get it » (…) résume parfaitement la posture de l’humanité moderne qui, à défaut de savoir ce qu’elle veut, se consacre sans répit à la multiplication et au perfectionnement des moyens dont elle dispose (en ce sens, les scientifiques et les ingénieurs seraient des punks nihilistes).(…)

Cette citation devrait je crois être inscrite au fronton des salles où nous faisons nos réunions TupperVim. Je n’ai aucune idée de ce que je veux. Mais j’affute sans cesse ma pratique de mes outils.

Ça m’a rappelé ce brouillon commencé il y a quelques mois et que j’avais oublié de mettre en ligne. Oubli réparé :

Je prends peu à peu conscience que Notepad est un bien meilleur éditeur de texte que Vim.

Qu’est-ce qu’un éditeur de texte ? Un outil pour écrire de la poésie, en prose ou en code, peu importe. Il doit donc non seulement aider à écrire, mais aussi protéger contre tout ce qui éloigne de l’écriture. Notepad n’a aucune fonctionnalité, aucune option. On ne peut rien y faire d’autre qu’écrire. Vim au contraire est un rêve pour qui comme moi cherche à retarder au maximum le moment fatidique où il faut se lancer. J’ouvre un fichier vierge, et avant même d’avoir commencé à taper je me dis que mon éditeur serait bien plus efficient avec tel nouveau raccourci clavier, ou si je modifiais légèrement la coloration syntaxique, rajoutais une information capitale à la barre de statut… Voilà, j’ai trouvé une excuse pour retarder le moment de me lancer.

Mais pourquoi chercher des excuses pour ne pas me livrer à ce que je prétends depuis toujours être mon activité favorite ? Probablement parce que, comme l’a si bien formulé Desproges, il vaut mieux se taire et passer pour un con plutôt que de parler et ne laisser aucun doute à ce sujet.. Pour rester dans cette seconde de suspension juste avant de se jeter à l’eau. Lorsque le pianiste lève les mains au dessus du clavier et une dernière fois se concentre, lorsque le peintre prend son pinceau et réfléchit avant de poser la première touche. Un instant d’incertitude. Le concert, le tableau seront-t-ils beaux ? Tout est ouvert, possible. À la première fausse note, au premier gribouillis, le doute vole et la sinistre réalité s’impose.

Me mettre à écrire, c’est avouer au monde mon manque de talent pour la programmation. C’est fournir des preuves. Mettre enfin un terme à l’arnaque que j’entretiens depuis si longtemps. Je m’accroche donc à tous les prétextes possibles. J’apprends une nouvelle techno. Ou peaufine mon environnement de travail pour que lorsqu’enfin je me lancerai rien ne vienne entraver le flot. Foutaises, je sais bien que je ne me lancerai jamais.

Je dis souvent que je souhaite que mon .vimrc soit gravé sur ma pierre tombale. Ce n’est qu’une demi-boutade. De mes dépôts sur Github, c’est le plus actif. Et cela restera sans doute ma principale œuvre. Toute sa vie, il a affûté sa plume. Il ne s’en sera jamais servie.

Vim est un excellent éditeur. Mais pour les procrastineurs chroniques comme moi, Notepad serait probablement un bien meilleur outil, qui m’obligerait à trouver d’autres excuses. Ou à m’essayer à l’écriture.

post-scriptum : c’est en m’interrogeant sur d’autres outils, les organisations, que je me suis fait cette réflexion. Une organisation, que ce soit Mozilla, un syndicat, une association, une orga politique, etc, n’est qu’un outil au service d’une cause. Pourtant, beaucoup de gens consacrent l’essentiel de leur énergie à l’édification de l’organisation, bien plus qu’à la promotion de la cause elle-même. Et je me demande si ça ne serait pas par crainte de se mettre au boulot. À creuser.

Pour réagir, n'hésitez-pas à m'écrire : clochix chez clochix.net ou à soumettre l'url de votre commentaire :
(Je traite les mentions à la main, elles peuvent mettre plusieurs jours avant d'apparaître)

Si vous avez un compte Github, vous pouvez me proposer des corrections en éditant ce billet

Fork me on GitHub