Des jeux bidouillables

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« Imaginez le Web comme un immense terrain de jeu ouvert. Où les joueurs deviennent peu à peu des créateurs de jeu. Où vous pouvez jouer à votre jeu favori sur n’importe quel terminal, n’importe où, n’importe quand. Et où vos propres créations sur le Web vous apportent la gloire, la fortune et l’adoration de joueurs du monde entier. »

Cette modeste introduction annonce le prochain Game on, un concours de création de jeux pour le Web, à l’initiative de Mozilla. Le but est bien sûr de démontrer une fois de plus qu’aujourd’hui HTML 5 et les navigateurs qui l’implémentent forment une plateforme crédible pour développer des jeux uniquement avec les technologies du Web.

Mais le réel intérêt à mes yeux de l’initiative est qu’elle propose de créer des jeux bidouillables. Je paraphrase à nouveau : « Imaginez des jeux que vous pourriez améliorer en les bidouillant et en les remixant, en utilisant les briques du Web, HTML, CSS et JavaScript, comme un éditeur de niveau. Remplacer la tête de ce zombie par celle de votre chien ? Allez-y ! » Chloé Varelidi, une développeuse de jeux qui travaille pour la Fondation Mozilla, propose de « voir les jeux comme des systèmes ouverts et créatifs, comme le Web lui-même, conçus pour être bidouillés. Les jeux sont traditionnellement à l’avant-garde des technologies numériques, repoussant en permanence les frontières du possible. Mozilla vous invite à ré-imaginer le Web comme la nouvelle génération de consoles de jeu, et à utiliser le pouvoir du navigateur pour révolutionner la façon dont nous créons des jeux et nous y jouons. ».

Je ne suis pas du tout un joueur, mais cette annonce m’enthousiasme, car elle me dispense d’écrire une réponse à un article lu il y a quelques jours.

Dans une contribution aux Vendredis Intellos, Laetitia Hawkins s’inquiète d’une baisse de la créativité des enfants qu’elle attribue entre autres aux jeux électroniques. L’article contient plus qu’assez de mots clés (psychologie, études réalisées aux états-unis, etc) pour que dès les premières phrases je l’ai rangé au rayon sornettes en gros. Il n’empêche, au-delà de cet article même, la question du lien entre les jeux et l’apprentissage de la bidouille et de la création mérite d’être posée. Je compare souvent le Web à de célèbres (mais sexistes) briques de construction. J’y ai énormément joué étant môme, et veux bien admettre que ça a contribué à mon affection pour le Web. Mais les jeux électronique des années 80 ont tout autant développé ma créativité de bidouilleur. J’ai appris à bricoler du code en essayant de trafiquer ces jeux, en modifiant avec un éditeur hexadécimal quelques octets pour obtenir plus de vies, en extrayant et modifiant les cartes et les images — ah le temps passé à essayer de décoder les images d’un strip-poker… En ce temps là, la non-existence de YouPorn obligeait à être astucieux. Même si les programmes n’étaient pas conçus pour être modifiés, j’ai appris le B-A BA du métier en les triturant. Je ne connais pas les jeux sortis ces 25 dernières années, mais aussi fermés soient-ils, je suis persuadé qu’ils offrent encore des points d’entrée pour qui veut s’en servir pour créer autre chose. Prétendre que les jeux numériques nuisent à l’apprentissage de la créativité me parait donc un peu exagéré.

Je reconnais cependant que si j’ai trituré des jeux électroniques, c’est parce que ça me plaisait, j’avais une affinité avec les babasses. Les jeux n’étaient pas spécialement bidouillables, il fallait en avoir vraiment envie pour forcer la porte. Avoir des jeux plus simples à tripatouiller ne serait pas un luxe, et justement le Web, avec son architecture entièrement ouverte, offre une belle opportunité de créer des jeux bidouillables. Et Game On est l’occasion rêvée pour explorer cette voie.

Bref, si vous aimez les jeux, le Web, et avez envie d’un monde un peu plus bricolable, j’espère que vous allez aller jeter un œil au concours, et pourquoi pas soumettre un prototype avant le 24 février 2013.

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