Je déteste les supermarchés

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Je déteste les supermarchés.

Je déteste les supermarchés parce que dès que j’y entre, je ne suis plus un citoyen mais un suspect. Le vigile va vouloir fermer mon sac d’un lien plastique qu’il ne sera plus là pour retirer. Son collègue patrouille discrètement dans les rayons, observant du coin de l’œil les moindres gestes. Le plafond est truffé de caméras et l’arrière boutique du moindre Franprix ressemble à un PC sécurité. À la caisse, on va me demander de montrer mon sac, vérifier que je n’ai pas planqué un paquet de chips dans le double fond d’une boite de conserve. Il faut franchir des portillons électroniques, comme dans les aéroports — à quand les scanners corporels —, avec en permanence la crainte d’avoir sur soi un objet qui déclenchera l’alarme, nous désignera à la vindicte populaire et nous exposera à une humiliante fouille, qu’on accepte parce qu’on n’a évidemment pas le temps d’attendre que des flics se déplacent.

Je déteste les supermarché parce qu’à moins de pouvoir se permettre de passer pour un riche fou en refusant la carte de fidélité « gratuite », ce sont des lieux de fichage. Tous nos achats y sont enregistrés, analysés, et pour avoir un peu travaillé dans le domaine, je sais la masse d’informations que l’on peut induire sur quelqu’un en consultant ses tickets de caisse.

Je déteste les supermarché car ce sont le royaume de la manipulation. L’environnement entier n’a qu’un seul but : amener le client à consommer, acheter plus que ce dont il avait besoin en entrant. Lui souffler des envies fugaces. Le manipuler. Les cinq sens sont sollicités pour pousser à remplir compulsivement nos chariots. À consommer toujours plus, à s’endetter, à creuser sa tombe.

Je déteste les supermarché pour leur rôle dans l’économie, parasites qui écrasent les petits producteurs et traient les clients. Je déteste les supermarchés pour ce qu’ils représentent, temples modernes de la mortifère religion consumériste.

Je déteste les supermarchés, et je ne voudrais pas que le Web en devienne un, un lieu de flicage, de fichage, de manipulation, dédié au culte de la consommation.

Je déteste les supermarchés.

J’y fais l’essentiel de mes courses. Et suis bien mal placé pour critiquer ceux qui par volonté, paresse ou simple indifférence transforment peu à peu mon terrain vague de jeu en un nouveau centre commercial.

Mise à jour du 9 octobre 2014. Suite à un échange sur Twitter, j’ai fait quelques recherches sur le cadre légal des contrôles par les vigiles. Concernant les restrictions sur les sacs à l’entrée du magasin, je n’ai rien trouvé, si ce n’est cet article, mais qui ne fournit pas de référence juridique. Par contre, concernant les fouilles, l’article L613 du code de la sécurité intérieure stipule que les vigiles « peuvent procéder à l’inspection visuelle des bagages à main et, avec le consentement de leur propriétaire, à leur fouille ». Donc si on vous demande d’ouvrir votre sac à la sortie, vous devez le faire, mais vous pouvez refuser qu’on le fouille. Dans ce cas, soit le vigile a des raisons valables de croire que vous venez de commettre un délit (la loi parle de flagrant délit, mais la notion est floue), et dans ce cas, comme n’importe quel citoyen, il a le droit de vous retenir jusqu’à l’arrivée de la police, en vertu de l’article 73 du code de procédure pénale. Cependant, les mesures mises en œuvre doivent être « proportionnées à la gravité de l’infraction reprochée et ne pas porter atteinte à la dignité de la personne ». Moralité, il ne faut jamais oublier d’imprimer Légifrance avant d’aller faire ses courses, et se préparer à quelques heures de palabres pour ne pas cautionner en les acceptant les abus de pouvoir des propriétaires de supermarché. Ou renoncer à fréquenter les épiceries aux pratiques trop agressives.

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