Je suis amoureux

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  • papa, papa, j’ai un amoureux !
  • ah bon ?
  • oui, il s’appelle François !

Dialogue qui pourrait sembler classique s’il n’était entre un père et son fils de deux ans. Renseignement pris, le petit répétait un dialogue d’un livre lu la veille. Ce qui m’a conduit à deux réflexions :

  • les petits enfants se construisent en reproduisant leur univers, ce qu’ils voient, entendent, lisent. Rien de neuf ici ;
  • cet univers est entièrement hétéro-centré ;

Il y a quelques dizaines d’années encore, le modèle unique présenté aux enfants était l’homme blanc chrétien, viril et hétéro-sexuel (enfin hétéro-sentimental). La situation évolue heureusement, si ce n’est pour l’hétérosexualité qui semble être le dernier bastion des normes imposées.

La religion a, dieu merci, largement disparu des histoires pour enfants, à part peut-être dans la mouvance scoute. On peut en tout cas très facilement en protéger les mômes en trouvant des récits athées.

La « diversité » est elle aussi largement présente, les héros ne sont plus toujours blonds aux yeux bleues, on trouve assez facilement des livres ou films mettant en avant diverses cultures.

Le sexisme résiste mieux. Les semaines précédant noël sont celles où la construction des genres est la plus évidente. La majorité des catalogues de jouets sont d’un sexisme révoltant, réduisant les garçons aux jeux de guerre et les filles à la poupée. Je trouve d’ailleurs cette année caricaturale où tous les produits destinés aux enfants sont déclinés en deux versions, Hello Kitty pour les filles et Spiderman pour les garçon. Heureusement, la société évolue plus vite que les marchands du temple et ces caricatures choquent de plus en plus. On peut, en cherchant un peu, trouver des récits et des jouets non sexistes.

Le modèle hétérosexuel reste lui omniprésent. Pas un livre, pas un dessin animé, où dès qu’on aborde les sentiments, il ne s’agisse d’amour entre un mâle et une femelle. La culture entière érige l’hétérosexualité en norme. L’homosexualité est désormais tolérée par une importante partie de la population. Mais ce n’est qu’une tolérance. On ne pourra pas parler d’égalité tant qu’elle se sera pas évoquée dans les œuvres culturelles sur le même plan que l’hétérosexualité.

La loi va peut-être changer pour enfin reconnaître l’homoparentalité — j’en doute, il faudrait pour cela que le parti salaudiste ait un peu de courage politique — mais autant que la loi la société doit évoluer. On attend des livres qu’ils nous parlent de nous. Comment veut-on que les enfants de tous les couples non conformes au modèle dominant se sentent bien s’ils ne trouvent nulle part d’histoires qui leur parlent d’eux, d’histoire d’enfants avec juste un parent, ou deux papas, ou deux mamans, etc ? Quel regard peuvent-ils porter sur leur(s) parent(s) si celle(s)/celui/ceux-ci n’apparait nulle part dans les histoires qui leur enseignent le monde ?

Je ne suis pas favorable à la ré-écriture de l’existant pour l’adapter aux valeurs modernes — je trouve par exemple ridicule les toilettage du Club des Cinq, ce sont pour moi des ouvrages qu’il faut juste ranger à côté de Tintin au Congo au rayonnage des livres datés et hors de portée des mômes —, mais pour que dans les histoires pour les enfants, livres, animés, etc, on parle enfin de la société telle qu’elle est, une société où l’on peut éprouver des sentiments pour quelqu’un sans se soucier de son genre.

Je voudrais faire partie de la dernière génération qui doit faire un effort sur soi, se rééduquer, se battre tous les jours contre toutes les valeurs de merde inculquées dans sa jeunesse, sexistes et autres. Je voudrais que pour la génération suivante, l’égalité soit tout simplement naturelle, que cette génération nous considère comme des barbares au même titre que vous voyons ainsi aujourd’hui nos ancêtres esclavagistes.

Si vous connaissez des récits pour jeunes enfants non hétéro-centrés, je veux bien que vous me pinguiez.

PS : il faudrait également s’intéresser au spécisme, mais ça risque d’être le boulot de la génération suivante.

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