Reality is hard

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Brouillon rapidement jeté dans un bout de fichier avant de retourner tenir un stand Mozilla à la Surprise Partie Ubuntu

Il y a les beaux discours, les phrases que j’aime lire. We build Firefox to build freedom and excellence into the web. We build Firefox to make sure that each person can be sovereign over the technology he or she uses to interact with the web. We build Firefox to combine user sovereignty and freedom with a great product experience that enriches web life. (Mitchell Baker à l’occasion du septième anniversaire de Firefox). the spirit of Mozilla: making things, working together, and weaving a maker ethos into more parts of the web. And, having fun all along the way. (Mark Surman, à propos du Festival Mozilla de Londres)

Il y a la réalité telle que racontée dans les compte-rendus du Festival Mozilla de Londres. Les projets qui commencent à rencontrer le succès, comme Popcorn.js, qui collectionne les articles élogieux le présentant comme une mini-révolution pour l’utilisation de la vidéo en ligne et les documentaires Web. Les projets qui s’enracinent et sont porteurs de très jolies promesses: Hackasaurus pour apprendre le Web aux ados, MoJo pour le faire entrer dans les salles de rédaction. Les nombreux nouveaux talents, créateurs, éducateurs, journalistes… qui grâce à ces projets découvrent notre vision du Web, commencent à la partager et rejoignent la raïa des amoureux du Web Libre, qui le protègent, le font vivre et grandir.

Et puis il y a l’autre réalité. La réalité des utilisateurs. Pas tous. Ni toutes. Beaucoup. Je crois. Qui lorsque je commence à leur expliquer la spécificité de Firefox, ses valeurs, le soin qu’il met à leur laisser le contrôle, à leur permettre d’être maître de leur navigation, à leur fournir des outils pour protéger leur vie privée et bidouiller la glaise du Web, à leur expliquer que c’est un navigateur plein d’amour, que… me répondent qu’ils s’en foutent de tout ça, que tout ce qu’ils veulent c’est surfer, aller sur Facebook, et ne surtout pas être emmerdé par des fenêtres qui leur fassent perdre quelques secondes ou leur posent des questions auxquelles ils ne comprennent rien. Au fond, ils se foutent d’utiliser un navigateur, l’un ou l’autre, ils veulent utiliser le Web, l’outil importe peu, et je ne saurais leur donner tord.

La réalité du Web aussi, où 50% des navigateurs encore utilisés sont de vieilles bouses pleines de bugs et dépourvues d’outils permettant aux développeurs de facilement mettre au point leur code. Je refais du développement front depuis quelques mois et me suis très vite rappelé pourquoi j’avais arrêté il y a plusieurs années. Je m’en suis souvenu dès qu’il a fallu lancer une VM pour tester dans IE. Microsoft a beau faire beaucoup d’efforts à présent pour séduire les développeurs Web — ils viennent enfin de découvrir que l’avenir de l’informatique pourrait bien passer par là pendant quelques temps — je ne suis pas près d’oublier les journées entière de souffrance à essayer de rendre compatible des sites avec les bouses infâmes sorties de leurs usines. À leur pardonner tous ces matins où la première pensée est d’abandonner le développement Web pour ne plus avoir à subir ça.

Et bien sûr la réalité de Mozilla. Les petites incohérences qui font tiquer. L’utilisation intensive d’outils Google bien peu respectueux des utilisateurs. Les Macs, symboles s’il en est de l’informatique fermée, de tout ce que nous sommes censés détester, et qui pourtant fleurissent dès qu’il y a un Mozillien quelque part. Les passionnés qui pendant des années ont fait Mozilla et qui les uns après les autres partent. Hier encore, une triste nouvelle dans mon agrégateur Octobre 2002 – Novembre 2011 — Ou neuf années de contribution qui se finissent. — À compter de ce jour, je ne suis plus un mozillien.. Des départs d’autant plus difficile à admettre lorsque la réponse officielle est que ce sont des gens qui ont du mal à accepter les nécessaires changements. Quand la Fondation répond par des sessions Adapting to change, comme n’importe quelle boîte qui forme ses cadres à faire accepter à leurs troupes les nécessaires restructurations. La réalité encore de la maîtrise de l’anglais comme condition sine qua none pour s’investir dans le moindre projet de la Fondation. Peut être est-ce une spécificité française d’être aussi rétif aux langues étrangères. J’ai compris ces derniers jours que mon investissement dans Mozilla ne pourra jamais être que superficiel du fait de ce barrage. Mais je sais hélas qu’il en sera de même pour nombre de gens, de ces gens justement que Drumbeat voudrait faire entrer dans la famille. De ces gens auxquels je parle de Hackasaurus, MoJo ou Popcorn et qui ont des étoiles dans les yeux, jusqu’à ce que j’explique que pour participer, il faut baragouiner british. La réalité de tous les hackers, fans de la première heure du projet et qui s’y retrouvent de moins en moins à mesure que pour s’adapter au plus grand nombre il perd les caractéristiques pour lesquelles nous l’aimions.

La réalité d’un projet plus que jamais indispensable, mais dont je sais que la voie du succès passe par des chemins qu’il sera bien difficile à emprunter et dont l’on ressortira au minimum sali. La réalité est une claque permanente dans la gueule.

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