Web, où est passé ton inconnu ?

Le Web, frontière de l’infini vers laquelle je voyage à bord de mon fidèle Firefox. Mon but : explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et au mépris du danger, avancer vers l’inconnu.

Mais depuis quelques mois, j’ai de plus en plus l’impression que nihil nove sub achtetepe. Sans doute parce que je deviens vieux, désenchanté, aigri, j’ai l’impression de ne rien avoir découvert de réellement nouveau, innovant, sur le Web, depuis fort longtemps.

Techniquement, il me semble que ces jours-ci nous n’inventons plus rien, mais nous contentons de copier. Que ce soit au niveau des APIs Web ou de CSS, il s’agit juste de réussir à refaire avec une technologie ce qui d’autres permettent depuis des années. Avec Canvas et WebGL par exemple, on réinvente Flash, qui lui même reprenait des environnements d’animation plus anciens. Du côté de CSS, on essaie depuis des années de reproduire des mises en page que proposent n’importe quel logiciel de PAO depuis Mathusalem. Quant à FirefoxOS, c’est un beau défi technique, une fantastique opportunité sociale, mais l’exemple même du manque d’innovation technologique : l’essentiel des efforts se porte sur la copie la plus fidèle possible des fonctionnalités des applications natives, non sur l’ouverture de routes réellement nouvelles. Je ne nie pas l’importance de tous ces projets. Ils sont indispensables en terme d’ouverture et d’accessibilité des technologies. Mais ne présentent guère d’innovation. Contiennent peu de promesses pour entretenir le rêve.

Bien sûr, la principale avancée ici est dans l’ouverture et la standardisation des technologies. Mais quelle différence pour l’utilisateur final entre la démo que je faisais en Basic il y a 30 ans ou en C il y a 20 ans et celle d’aujourd’hui ? On reproduit en JavaScript dans un navigateur ce qu’on faisait avec d’autres langages directement au niveau de l’OS. On reproduit. Mais on n’invente pas grand chose de nouveau.

Mais peut-être les réelles nouveautés sont-elles à chercher du côté des usages. J’avoue ne plus guère suivre l’actualité, lassé des annonces de startups révolutionnaires aux produits vite oubliés. Mais les principaux usages que je vois autour de moi me rappellent irrésistiblement le Minitel. Facebook ou Twitter auraient pu exister du temps du Minitel. Un serveur central sur lequel on publie des annonces ou des statuts, le Minitel le faisait très bien. À vrai dire, techniquement, même l’essor de l’auto-publication via les blogs et la création collective de savoir sur Wikipédia auraient pu exister du temps du 36-15. Ce qu’apporte Internet par rapport à la télématique, c’est la décentralisation, un concept fondamental qui garantit dans l’ADN du réseau que tout le monde puisse l’utiliser pour s’exprimer. Mais cette force d’Internet, renforcée par les possibilités offertes par HTTP/le Web, nous ne l’utilisons pas. Nous gâchons le potentiel qu’offre le réseau en nous cantonnons à des usages centralisés. Mais je m’égare. Du côté des usages, il y aurait je pense beaucoup à inventer pour développer justement cette caractéristique essentielle d’internet, la décentralisation. Mais pour l’instant les usagers ne semblent guère intéressés.

Bref, avec un peu de recul et sans doute beaucoup de déception, je ne vois plus grand chose de nouveau non plus en matière d’usages.

À vrai dire, la seule évolution profonde qui me vient à l’esprit lorsque je regarde ces dernières années, c’est l’avènement de l’informatique ubiquitaire, de notre accès permanent au réseau (et vice-versa). Mais, même s’il en est un acteur majeur, cette évolution n’est pas spécifique au Web, elle le dépasse largement.

Si je noircis ainsi le tableau, c’est en partie parce que je suis inquiet. Peut-être vivons-nous simplement une phase de stabilisation, de consolidation, et qu’après s’être mis à niveau le Web va recommencer à inventer, à aller de l’avant. Mais je suis convaincu que c’est reculer que d’être stationnaire, et cette période de stagnation pourrait aussi être le début de la sclérose.

Heureusement, la grande partouse des amoureuses et amoureux du Web commence dans quelques heures. Je suis triste de ne pas en être, mais j’ai hâte d’en lire des compte-rendus, à la recherche de tout ce qui pourra me détromper, de toutes les pistes, les promesses qu’un peu de rêve peut encore venir du côté d’http. Je compte sur vous pour me détromper.

PS : C’est Karl qui a l’instant sur IRC vient par hasard de mettre le doigt sur la réelle origine de mes interrogations. Je crois bien que je commence à m’ennuyer en ligne :(

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