Vive Thunderbird !

Mozilla vient d’annoncer des changements dans le développement de Thunderbird. Désormais, la fondation ne développera plus de nouvelles fonctionnalités dans son client de messagerie. Elle continuera par contre à en assurer la maintenance, c’est à dire à garantir qu’il continue à fonctionner dans les meilleures conditions. Elle maintiendra son moteur à jour avec celui de Firefox, et corrigera les problèmes, notamment ceux liés à la sécurité. Par ailleurs, la fondation aidera les développeurs qui souhaitent ajouter de nouvelles fonctionnalités à le faire. Comme elle soutient toujours par exemple le projet SeaMonkey. Les utilisateurs actuels de Thunderbird n’ont donc pas à s’inquiéter, le logiciel devrait continuer à fonctionner pendant encore au moins quelques années. Les annonces de la mort de Thunderbird que je vois fleurir me semblent donc un peu prématurées.

Un peu prématurées, mais pas complètement. Car je dois avouer que dans le monde actuel, la vie tient au mouvement. Il faut évoluer, et vite, ou mourir. Un logiciel qui n’évolue plus peut être considéré comme mort. Donc Thunderbird est une sorte de Zombie, mort vivant.

Ceci dit, le domaine de la messagerie électronique évolue beaucoup moins vite que le Web. Les spécifications techniques sont relativement stables depuis longtemps, je ne vois pas de signe d’une prochaine révolution à ce niveau. Les usages d’une partie des utilisateurs avancés évoluent, notamment du fait de GMail, mais je crois que le Thunderbird de 2003 lui-même satisferait encore la majorité des usages de bon nombre d’internautes de 2012. Pour moi, les fonctionnalités qui manquent réellement à Thunderbird concernent essentiellement les entreprises. C’est tout ce qui aurait pu en faire un client de groupware : meilleure interface avec LDAP et intégration poussée d’un calendrier. Mais développer des fonctionnalités pour les entreprises n’est pas la mission de Mozilla. Je regrette qu’aucun éditeur tiers n’ait saisi ce marché, mais c’est un autre débat. En l’état, Thunderbird est donc à mon humble avis un bon logiciel de messagerie, capable de répondre aux besoins de nombreux internautes. Et même s’il n’évolue plus, il le restera encore quelques années.

J’entends des critiques reprochant à Mozilla de mettre à mort l’un des fleurons du logiciel libre. Je peux comprendre la déception qui motive ces reproches. Mais les trouve malgré tout injustes. Pour ma part, cette décision ne m’étonne ni me me choque vraiment. Encore une fois, il faut répéter que Mozilla n’est pas un éditeur de logiciels, mais une ONG qui vise à permettre à un maximum de citoyens de profiter au mieux des technologies numériques. Au fil des années, cette mission a subtilement évolué. On est passés de la défense et promotion du réseau Internet à celles d’une seule de ses parties, le Web. Mozilla croit que parmi toutes les technologies qui composent Internet, le Web est celle qui présente aujourd’hui le plus d’opportunités d’enrichir le volet numérique de la vie des terriens. Ce choix est certes discutable, mais c’est le sien. Dès lors, il me semble logique qu’elle concentre un maximum de ressources sur le Web. Il y a bien sûr de nombreux autres chantiers, mais trop se disperser n’est pas forcément bon pour faire avancer un projet. Et que Mozilla se concentre sur le Web n’empêche en rien d’autres structures d’œuvrer à améliorer d’autres composants du réseau.

Enfin, si Mozilla a pris cette décision, je pense que c’est également en partie de notre faute, à nous les geeks libristes. Il faut bien avouer que peu d’entre nous s’intéressent à Thunderbird. Il a des millions d’utilisateurs, mais parmi eux, bien peu, y compris parmi les entreprises, contribuent au code. Par le passé, la Fondation a plus d’une fois expliqué que le courrieleur n’était pas sa priorité, et encouragé une communauté à se créer pour prendre en main ses destinées. Tentatives hélas vaines (je ne connais pas les détails ni les responsabilité de cet échec). Aujourd’hui, aux gens qui veulent de nouvelles fonctionnalités dans Thunderbird de relever leurs manches, pour les développer ou encourager leur développement (pourquoi pas par exemple par du financement collaboratif).

Un dernier point. Mozilla concentre aujourd’hui ses efforts sur Firefox OS, son système d’exploitation pour terminaux mobiles. Dans Firefox OS, toutes les applications seront développées avec les technologies du Web. Je n’imagine pas que FirefoxOS sorte sans un bon logiciel de gestion de courrier électronique, un Webmail enrichi de toutes les fonctionnalités que permet HTML5. Donc je parie que d’ici un an ou deux, lorsqu’on pourra peut-être commencer à être pénalisé par le manque d’évolutions de Thunderbird, un remplaçant, tout aussi libre et pratique, aura fait son apparition.

Bref, camarade qui utilise Thunderbird, n’écoute pas les Cassandres. Tu vas pouvoir continuer à l’utiliser pendant encore quelques années comme tu le fais aujourd’hui, et le jour où tu t’en lasseras, un successeur t’attendra. Inch Mozilla.

Note : je ne suis pas dans le secret des dieux donc n’en sais pas plus sur le sujet que quiconque lit de loin en loin les publications de Mozilliens. Je n’utilise par ailleurs plus Thunderbird depuis environ 2 ans, non par désamour mais parce que Mutt est plus adapté à mes usages.

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