Mon lave-linge et moi

J’ai un aveu à te faire, camarade : je me moque du nombre de programmes disponibles dans mon lave-linge. À vrai dire, s’il n’y en avait qu’un, avec un seul gros bouton, je m’en porterais mieux. Et je n’ai aucune préférence en matière de lessive. Je ne prend jamais la même. Je m’en fous. C’est triste à avouer, mais je crois que je ne suis pas un geek des lave-linge.

Pourtant, pouvoir choisir la façon dont son linge sera lavé, c’est important. Du programme dépend probablement l’aspect des fringues qui en sortiront et, partant, l’allure que l’on aura en les portant. Si je ne choisis pas le bon programme, c’est le lave-linge qui choisira comment je serai habillé, qui déterminera le regard que l’on portera sur moi. Comme aime à le répéter mon chat, Si tu ne programmes pas ton lave-linge, ton lave-linge te programmera.

Je m’en fous.

Si demain, à l’allumage, il me posait moult questions avant que je puisse lancer une lessive, j’en serais sans doute rapidement énervé, et l’engin finirait à la benne, remplacé par un collègue moins brise-noix. Kékenahafout du prélavage, du programme « délicat », de l’adoucisseur ou que sais-je encore. Ce sont des termes techniques auxquels je n’entend rien. Je veux juste laver mon linge, décide pour moi, bestiole, je te fais confiance, mais surtout ne me demande pas de faire des choix, je n’y comprend rien et m’en fous.

Et pourtant, pourtant, j’ai ouï dire que dans de sombres recoins du réseau, des endroits à faire passer 4chan pour une visite de TeleTubbies sur l’île aux enfants, existent des forums où des fous furieux s’écharpent à longueur de nuit sur la vitesse d’essorage. Les uns prétendent à raison qu’elle dépend de la nature des tissus, et qu’il est inconcevable d’autoriser le programme à démarrer sans que le ménager n’ait choisi le nombre de tours par minute auquel son linge sera centrifugé. Cette fonctionnalité est d’ailleurs suffisamment importante pour mériter un gros bouton en façade de l’engin. Les autres répliquent fort justement, études comportementales à la main, que la majorité des ménagers et des ménagères ne maîtrise pas les subtilités de l’essorage, voir s’en moque, et que la machine doit fixer elle-même cette vitesse en fonction de ce qu’elle connaît des habitudes de son utilisateur et du contenu actuel de son ventre. Les débats sont souvent violents, on se lance des noms d’assouplissant, on claque les portes du tambour… J’ai beau être blasé, ne plus être étonné par grand chose de ce que je pourrais rencontrer en ligne, j’avoue avoir du mal à croire à l’existence de ces forums.

Mais je m’égare. Demain je vous parlerai de mon rapport aux voitures. Ou aux perceuses. À moins que je ne me fende d’un nouveau billet furibard pourfendant la stupidité de certains de mes contemporains qui utilisent des saloperies emprisonnantes comme MacOS, Windows ou Chrome, abandonnant leur liberté, acceptant d’être programmés, par simple volonté paresseuse d’avoir un produit qui simplement fonctionne. Comme un lave-linge. Un scandale !

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