Shakespeare devient social : Popcorn de Mozilla dans la salle de classe

Les plus vénérables qui ont usé leurs culottes sur les bancs de « la laïque » au XX° siècle se souviennent peut-être de tentatives de télévision scolaire, de programmes éducatifs dont le maître ou la maîtresse passait des extraits pour illustrer une leçon, espérant qu’ils éveilleraient d’avantage l’intérêt des cancres. Ou, en cette période de fin d’année, des films en VO que passaient des profs d’anglais, essayant de mettre un vernis pédagogique sur le bordel des derniers cours avant les vacances. Je suis trop vieux pour avoir vécu l’arrivée de l’informatique à l’école, qui a sans doute offert de outils un peu plus interactifs. Dans mon souvenir, la vidéo à l’école est surtout une séance de distraction, où l’on regarde ensemble un documentaire ou un film à la télé. Mais c’était dans les années 80, à l’époque des médias à sens unique, de la communication du sommet de la pyramide vers la base. 20 ans plus tard, le Web a introduit une nouvelle donne, de nouveaux usages, une nouvelle culture des échanges, interactifs et horizontaux. Il était grand temps que cette vague touche l’utilisation des outils vidéos pour l’éducation. Avec l’arrivée de la balise video en HTML5, puis du projet Popcorn de Mozilla, la révolution pourrait enfin être en marche.

Kate Hudson vient de produire une démonstration montrant comment utiliser Popcorn pour créer des vidéos interactive au service de l’éducation. Matt Thompson a écrit un article pour présenter cette démo, en voici une rapide traduction.

Que peut faire la vidéo sociale pour l’apprentissage ?

La très talentueuse Kate Hudson (co-fondatrice du site openjournalism.ca, bergère des laboratoires d’apprentissage de MoJo1 et une des conceptrices du manuel de journalisme de données créé lors du festival Mozilla de Londres) a créé une exceptionnelle démonstration, « Popcorn Shakespeare » qui met en lumière le potentiel éducatif du projet Popcorn de Mozilla.

Je pense que nous assistons à la naissance d’un nouveau genre de films interactifs — appelons-le « hyper-vidéo », « vidéo sociale » ou vidéo aux hormones — qui va révolutionner la place du multimédia dans les salles de classe, et peut-être même devenir la lingua fanca de l’éducation.

Utiliser le Web pour lier des images animées, des interactions et le contexte

« Popcorn Shakespeare » propose une expérience utilisateur astucieusement simple : regarder une vidéo d’une représentation d’une pièce de Shakespeare, déplacer sa souris à n’importe quel moment pour arrêter la vidéo et obtenir de l’aide sur des mots ou des passages que vous ne comprenez pas. Vous pouvez également approfondir le contexte ou parcourir les notes de votre instructeurs ou de vos camarades de classe.

Mais cet outil est bien plus qu’un glossaire. Vous pouvez également parcourir la vidéo en cliquant directement sur les passages du texte (Mark Boas a présenté un projet similaire, hyperaudio, au festival de Londres). Certains mots et extraits ont leur propre URL, ce qui vous permet d’aller directement à une scène pour l’étudier — et permet de citer et de pointer vers la vidéo aussi simplement que l’on peut le faire pour du texte.

Afficher le contexte et les méta données à la demande

Lors de la dernière conférence téléphonique du jeudi (ces conférences consacrées aux créateurs du Web sont ouvertes à tous, n’hésitez pas à nous rejoindre), Kate a expliqué que ce qui avait inspiré sa démonstration était de voir d’autres étudiants lutter avec la langue des pièces de Shakespeare, et la difficulté à chercher chaque mot dans un dictionnaire au cours d’une représentation. Ce qui rend sa démo si ingénieuse est la façon dont elle a résolu ce problème avec une interface utilisateur très simple : lorsque la souris sort de la vidéo, celle-ci s’arrête, lorsque la souris y revient elle reprend de façon transparente.

Cette astuce toute simple permet de rendre les outils qui entourent la vidéo opportuns et pertinents, ce qui évite l’effet de surenchère d’information de beaucoup des premières démonstrations de Popcorn. Au lieu de noyer les utilisateurs dans trop d’information, cette démo n’affiche les meta données que lorsque vous le voulez.

Turning “lean back” couch potato-ism into “lean forward” learning and interaction

Pour moi, la démo de Kate dévoile le potentiel de la vidéo sociale pour apprendre : elle transforme une activité auparavant passive (regarder une vidéo) en une expérience sociale et interactive. Cela peut permettre à des professeurs de parler la langue multimédia que pratiquent la plupart des étudiants, tout en en faisant une expérience qui incite d’avantage à s’investir, à aller de l’avant, que lorsqu’on assis dans une pièce sombre à regarder un film sans pouvoir interagir avec.

Cela va bien plus loin que les vidéos éducatives de notre enfance, ça transforme la vidéo en une toile sur laquelle on peut créer, apprendre et jouer avec les images animées et la lumière.

Créer vos propres vidéos sociales

Naturellement, le but est de permettre aux apprenants de réaliser simplement leur propres vidéos sociales, pas de juste consommer le travail fait par d’autres. Pour créer sa démo, Kate a utilisé directement la bibliothèque popcorn.js, qui est plutôt destinée aux développeurs. Mais une version 0.1 de Popcorn Maker vient juste de sortir. C’est un outil pour faciliter la création de vidéos sociales par tous ceux qui ne maîtrisent pas le développement, les réalisateurs ou les jeunes par exemple. Il va permettre à chacun de devenir un créateur de vidéos Web. Comme disait ce bon vieux Bill « O brave new world, / That has such people in’t! ».


  1. Mozilla Journalism est un projet conjoint des Fondation Mozilla et Knight pour imaginer le futur du journalisme à l’heure du Web. Cf les archives de mes divers blogs.

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