Recherche lecteurs d’essai — Looking for test readers

English version below

Je bidouille depuis quelques mois une application pour bouquiner confortablement le Web depuis mon Firefox Phone. Elle commence tout doucement à marchouiller, mais comme j’ai très peur de sauter dans le grand bain, j’aimerais bien les avis de quelques testeurs pas bêtas avant de demander à l’épicerie Mozilla de la distribuer. Petite annonce donc pour les heureux et heureuses détenteurs et détentrices d’un Firefox Phone et de quelques compétences informatiques.

Àlir, c’est son nom, stocke des articles récupérés sur le Web ou dans des flux et permet de les lire à tout moment, même sans connexion. À la différence d’autres applications similaires, celle-ci fonctionne entièrement dans le navigateur / le téléphone, et ne nécessite pas, par défaut, de créer un compte sur un service en ligne (mais on peut également utiliser un serveur pour synchroniser sa liste de lecture entre plusieurs terminaux).

Àlir vous permet d’ajouter des articles depuis le navigateur du téléphone, depuis les liens à l’intérieur des articles que vous lisez, ou depuis des flux. Vous pouvez annoter les articles et partager vos réflexions sur les réseaux sociaux.

Et évidemment, Àlir est un logiciel libre, vous êtes libre de l’utiliser comme bon vous semble, de l’apprécier, de la bidouiller et de l’offrir à vos amis ou vos ennemis.

Si vous voulez m’aider à la tester, n’hésitez pas à installer la version beta de l’application et à me faire vos retours. Merci. J’espère que vous apprécierez bouquiner avec Àlir.


English version, thanks @mrbkap for the corrections

I’ve been hacking for some months now on an Open Web App to make reading Web articles from my Firefox OS phone more comfortable. It’s starting to be pretty usable now, but before submitting it to the Mozilla Marketplace, I would like some feedback from beta testers. To that end, I’m recruiting some brave people who own a Firefox Phone and some IT skills.

Àlir (phonetic French for “to read”) stores, on the phone, articles fetched from Web pages or news feeds, and allows you to read them later, even when offline. Its major difference from similar applications is that everything happens client side, in the browser or the phone. You don’t need to install anything on a server nor register an account on a third party service (but you can if you want to keep your reading list in sync between your devices).

Àlir allows adding articles from the phone browser, from links inside already scraped articles and from feeds. You can annotate the articles and share your thought on social networks.

And, of course, Àlir is free as in beer and in speech as it should be, so you’re free to use it, hack it, and share it.

If you would like to help me, please go on and install the beta. I would really enjoy your feedback. And I hope you’ll have fun reading the Web with Àlir.

Février ici et ailleurs

Février ici

Un peu d’auto-promo pour ce que j’ai fait ces dernières semaines.

Textes

J’ai accouché avec beaucoup de mal, tant le sujet me tenait à cœur, d’un texte sur notre avenir à l’heure des drones et des algorithmes. J’ai l’impression qu’il est passé relativement inaperçu, donc je me permets de le signaler à nouveau, au cas où il vous aurait échappé.

Une petite fille est morte dans un incendie. Comme elle était Rom, certains s’en sont réjouis sur Twitter. Qu’allons-nous faire d’eux ?. Une question que je me pose quotidiennement, en voyant les mots-croisillons racistes, antisémites, homophobes… s’enchaîner en Une de Twitter.

Enfin, j’ai rapporté deux anecdotes sur comment les inégalités sociales se reproduisent dès les écoles maternelles de la république.

Code

J’ai écrit un billet (bilingue s’il vous plait) de présentation de FxStumbler, mon application Firefox OS pour alimenter la base de données de géolocalisation de Mozilla.

Et continué à passer l’essentiel de mon temps libre sur Àlir, mon application Firefox OS pour lire des articles en différé et hors ligne, articles partagés depuis le navigateur ou récupérés dans des flux ATOM ou RSS. Au niveau fonctionnalités, je commence à trouver l’application satisfaisante, mais je n’ose pas encore la diffuser largement car elle n’est pas très stable et surtout pêche par sa laideur, son apparence très amateur, et par sa faible utilisabilité. Malheureusement je n’ai toujours pas trouvé de testeurs pour m’aider à la fignoler. Il faudrait que je publie un article de présentation et une documentation, mais l’application est devenue une telle usine que je ne sais pas par où commencer. J’ai atteint le même point qu’il y a quelques années avec Couac, un machin qui fonctionne et rend quelques services, mais dont je suis l’unique utilisateur. Je ne sais comment passer à l’étape suivante. Sans doute parce qu’il faudrait faire un peu de mercatique, discipline que j’abhorre.

Concrètement, les dernières évolutions portent sur :

  • j’ai intégré dans la branche principale le code de gestion des flux ATOM et RSS. Ça fonctionne pour la quinzaine de flux auxquels je suis abonné, hormis un, invalide, qui m’a obligé à quelques contorsions. J’ai désormais le plaisir d’être réveillé la nuit par mon téléphone qui vibre à chaque nouvel article dans un flux ;
  • beaucoup de ré-écriture, je pense m’être débarrassé du plus gros de la dette technique identifiée ;
  • ajout de la possibilité d’utiliser un proxy CORS, pour faire des requêtes inter-domaine lorsque l’application n’est pas installée dans Firefox OS, mais s’exécute juste dans un navigateur. On peut utiliser par exemple le site corsproxy.com. Ça ne marche pas dans 100% des cas (par exemple en cas de redirection), mais rend l’application presque utilisable dans un simple navigateur. Du coup j’ai également ajouté la possibilité d’ajouter une URL directement depuis l’appli, et l’interrogation périodique des flux même dans le navigateur. Ça a marchouillé ;
  • début de possibilité de personnalisation de l’interface : fonte Serif ou Sans-Serif, et choix entre trois thèmes de couleur ;
  • pour éviter de se retrouver devant une page blanche à la première utilisation, je peux désormais créer un article d’accueil. Reste à en écrire le contenu ;
  • j’ai ajouté un mécanisme de gestion des erreurs sur les requêtes. Je mets les requêtes en attente lorsque le navigateur est hors ligne, et en cas d’erreur je ré-essaie quelques minutes plus tard. Ça rend le bouzin un peu plus robuste avec une connexion intermittente.

Février ailleurs

Je voulais faire une compilation de mes gazouillis du mois, mais j’ai renoncé devant l’ampleur de la tâche (dans les 150 liens partagés) et l’impression déprimante d’être une Cassandre qui s’en dégage. Mes lectures en ligne me montrent la montée d’une vague brune, une offensive des fascistes de tous poils, soutenus par les réacs de toutes obédiences, religieux et autres, qui abandonnent le terrain économique (après tout, on nous serine à longueur de médias qu’il n’y a pas d’alternative au capitalisme et à notre inexorable appauvrissement qu’il provoque) pour concentrer leurs peurs sur le terrain social, peurs qui se matérialisent en une chasse à tout ce qui est différent, chasse des pauvres contre les encore plus pauvres, chasse à toutes les idées neuves, à toutes les velléités de progrès social. Une monté de la vague brune accompagnée, quand elle n’est pas cyniquement provoquée, par les sinistres pantins de la classe politique et des médias. J’ai l’impression de gazouiller dans le désert, mes tweets sur la dernière fonctionnalité gadget ajoutée à Firefox suscitent bien plus d’intérêts que ceux témoignant de la montée de cette vague brune. Bref, j’ai rapidement renoncé à compiler des liens, pisser dans un violon semble avoir la même utilité.

Allez, quand même deux ou trois choses.

Pascal Schmitt s’est envolé en décembre. Avec Chritine Tréguier, ils formaient les Virtualistes, l’un des premiers groupes d’artistes à utiliser et détourner le Net. Ils font partie de notre histoire, électrons qui ont contribué à peindre la toile que nous connaissons. Allez donc y jeter à œil, pour ne pas oublier trop vite d’où nous venons.

En février, Valls a continué son sale boulot, par exemple en provoquant de la casse lors d’une manif nantaise, pour en masquer le succès et avoir un prétexte pour restreindre les libertés publiques (par exemple, une manifestation anticoloniale et antiraciste devait se tenir le 1er Mars à Paris, à l’appel de très nombreuses associations. Au dernier moment, la préfecture de police a interdit la manifestation, n’autorisant qu’un rassemblement à l’intérieur d’une nasse policière). Et bien sûr, en chassant ses boucs émissaires favoris, roms et sans papiers.

Un peu de beauté pour changer, le mois a aussi été marqué par un défi dessin qui m’a confirmé le talent de certains, et révélé celui d’autres. J’envie cette capacité à créer de la beauté et de l’émotion.

Ces dernières semaines, quelques articles salutaires ont permis de prendre un peu de recul avec le culte béat d’Internet, et d’interroger le côté sombre du réseau. Un entretien avec Evgeny Morozov, le début d’une série d’Internet Actu sur les espoirs déçus du réseau et un long article chez Davduf sur les mythes qui façonnent ce réseau. Et si vous voulez frissonner un peu, allez lire ce portrait de Ray Kurzweil, théoricien du transhumanisme, récemment embauché par Google, qui est également en train d’acheter de nombreuses sociétés de robotique et d’intelligence artificielle.

Philippe Lalouel, en prison depuis 1986 pour de simples braquages sans violences, vient de reprendre dix-sept ans, pour d’autres petits braquages. Il pourrait espérer sortir en 2037, à 73 ans, si sa séroposivité lui laissait l’espoir de vivre aussi longtemps dans les conditions des taules. À part ça, la peine de mort a été abolie en France en 1981, parait-il. (source : le journal L’envolée) ;

Côté Mozilla, on retiendra surtout l’annonce de la prochaine introduction de publicité dans Firefox, pour diversifier les sources de revenus de l’entreprise et être un peu moins dépendante de Google. Je me suis peu exprimé sur le sujet, car il est complexe, et que je me sens le cul sale. Car si Mozilla en est réduit à se livrer aux publicitaires (oui, se livrer, car je ne pense pas qu’on puisse afficher de la réclame sans se plier progressivement aux exigences des camelots de la marchandise), c’est parce que nous, ses utilisateurs, n’arrivons pas à lui offrir une indépendance. Le budget annuel pour faire vivre tous les projets de la fondation représente je crois moins de deux euros par utilisateur de Firefox, mais nous n’arrivons pas à sortir ces deux euros. D’où mon rêve de faire du Web un service public, tant au niveau de la définition des normes que de la fabrication des outils. Nationaliser au niveau mondial le W3C et Mozilla, afin qu’ils soient financés par l’impôt. Leur travail de recherche et développement est pour moi bien trop important pour être laissé entre les mains du secteur privé. Mais je suis un indécrottable utopiste.

Bon, fatigué d’écrire et je présume qu’hormis les robots j’ai perdu tout le monde, donc je vais arrêter là. Buenas noches.

A Firefox OS client for Mozilla Location Service

(french version below)

The best way to get the location of a device is to use GPS. But lot of devices don’t have a GPS chip, and GPS has some limitations. For example, sometimes getting an accurate position may take up to ten minutes, especially in town, or with the low-end chipset. So it’s a common practice to try to locate the device by using other data, like the mobile and Wifi networks around. The device gets the list of surrounding networks and query an online database that stores the position of millions of networks.

Every big mobile carrier owns such a database, but they are not freely accessible. Moreover, query such service has privacy implications: the remote database may identify the device and track its positions.

So Mozilla decided to create its own free location service, and use it to improve geolocation in Firefox and Firefox OS. Mozilla wants to build its own free database of every mobile cell tower and every Wifi access point in the world.

Every Android user can help populate the database by installing an application, MozStumbler that collect data about networks surrounding the phone and send them to the Mozilla Location Service.

I found it unfortunate that such an application wasn’t available for Firefox OS, so I decided to write it myself, and created FxStumbler.

Unfortunately, to access mobile network information, the application needs privileges that only carriers can grant for now. So the application cannot be installed from a Marketplace. If you want to try it, you have to put your phone in Developer mode and install the application with the application manager. So for now, installation needs some technical skill. See the README for more details on how to install it.

So, if you are the lucky owner of a Firefox Phone and feel adventurous, you give it a try and help feed the location service database. It would be awesome if more and more blue dots enlighten the map.

Please note that this is only one of my pet project, and I don’t have much time to work on it. So any help would be greatly appreciated, to fix bugs, improve documentation, add translations and, why not, some new feature.

If you have questions, don’t hesitate to contact me, I’m often available on IRC.


La meilleure solution pour connaitre la position géographique d’un terminal est d’utiliser le GPS. Mais de nombreux terminaux n’ont pas de puce GPS, et même sur ceux qui en possèdent une, son utilisation a quelques limitations. La puce doit localiser trois satellites et calculer sa position à partir de la leur, ce qui peut prendre une dizaine de minutes si les conditions météo sont mauvaise, ou avec des puces bon marché. Il est dont courant d’essayer de déterminer la position du terminal en analysant d’autres informations de son environnement, les réseaux mobile et Wifi disponibles. Des bases de données existent qui contiennent la position de millions d’antennes téléphoniques et de points d’accès Wifi. Il suffit d’interroger ces bases en leur envoyant la liste des réseaux environnant le terminal.

Tous les gros acteurs de la téléphonie possèdent ce type de base de données, qui permettent d’améliorer la géo-localisation des téléphones. Mais ce système pose des soucis en matière de respect de la vie privée : le service interrogé pourrait identifier le terminal et suivre son propriétaire. Par ailleurs, l’accès à ces bases n’est pas libre, et peut donc être restrient.

Pour pallier ces problèmes, Mozilla a décidé de créer sa propre base de données, évidemment libre, et de l’utiliser pour améliorer la géo-localisation de Firefox et de Firefox OS.

La base est alimentée via une application pour Android, MozStumbler. Chaque utilisateur d’Android peut l’installer et participer à la collecte pour enrichir le service de Mozilla.

Ironiquement, l’application officielle n’est pas disponible pour Firefox OS. J’ai donc décidé d’écrire une application similaire pour alimenter le service, en utilisant les APIs Web de Firefox OS, et c’est ainsi qu’est né FxStumbler.

Malheureusement, accéder aux informations du réseau mobile auquel le téléphone est connecté demande certains privilèges que seul un opérateur téléphonique peut allouer à une application, en vertu du modèle de sécurité de Firefox OS. Je ne peux donc pas distribuer FxStumbler via l’épicerie de Mozilla. Si vous voulez l’essayer, il faut activer le mode « développeur » sur votre téléphone, et installer l’application via le nouveau gestionnaire d’applications de Firefox. Cela demande donc pour l’instant quelques compétences techniques. Le fichier lisez-moi détaille la procédure.

Si vous êtes un heureux possesseur de Firephone, et avez l’esprit aventureux, n’hésitez pas à essayer le bouzin et à contribuer à enrichir la base de données. Ça serait sympa de voir la carte se couvrir de points bleus.

J’ai codé ce machin à l’arrache, et n’ai pas beaucoup de temps à lui consacrer, donc il est rustique et bancal. Toute aide est la bienvenue pour corriger les problèmes, améliorer la documentation, ajouter des traductions, ou de nouvelles fonctionnalités si le cœur vous en dit.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à venir me secouer sur l’IRC Mozilla où je traine souvent.

Que va-t-on faire d’Alicia G. ?

Elle s’appelait Mélissa. Elle avait 7 ans. Elle venait de faire sa première rentrée à l’école où elle apprenait le français. C’était une petite fille comme les autres, pleine de vie.

Pas tout à fait comme les autres en fait, car Mélissa n’avait pour maison qu’une cahute dans un bidonville, quelque part en France. Car Mélissa était née Rom en Bulgarie.

Mélissa est morte brûlée vive mercredi dernier dans l’incendie qui a détruit une partie du campement. Ses professeurs et ses camarades la pleurent. Je pleure aussi, entre tristesse à chaque fois que je vois souffrir un môme qui n’a rien demandé, et la colère de savoir que cette mort aurait probablement pu être évitée si nous avions un peu plus d’humanité, si collectivement, en tant que société, nous traitions les Roms comme des humains égaux.

Elle s’appelle Alicia, a 21 ans, étudie l’informatique dans le centre de la France.

Et quand elle a appris la mort de Mélissa, elle a craché : « Enfin !!! -1, on est sur la bonne voie ! ».

Le premier réflexe est bien sûr d’ouvrir la boite à baffes. Après tout, il suffit de trois requêtes pour trouver de nombreuses informations sur l’impétrante. La tentation de participer au lynchage est forte. L’indignation provoquée par sa sortie haineuse l’a déjà incitée à fermer son compte Twitter. Avec le nombre de traces qu’elle a laissé en ligne, lui faire regretter un peu plus amèrement sa haine en pourrissant sa réputation numérique ne serait guère compliqué.

J’ai heureusement un blocage qui me fait détester les lynchages davantage encore que les fachos. Et je me suis souvenu tant de l’excellent billet de Romy sur le sujet que de la sagesse de François Morel, qui après s’être énervé contre la gamine qui avait traité Christiane Taubira de guenon, s’est excusé en essayant d’adopter une position constructive et non excluante

Les baffes ne sont guère pédagogiques. Je ne nie pas leur intérêt, en dernier recours, pour faire fermer quelques gueules nauséabondes qui refusent de se laver les dents. Mais avant d’en arriver là, peut-être faudrait-il essayer de ramener Alicia dans la communauté humaine. Il faudrait peut-être lui expliquer que Mélissa était une petite fille tout comme elle, qu’elle aurait pu être sa petite sœur. Qu’elle n’avait pas choisi de naitre au sein d’un peuple universellement stigmatisé, martyrisé. Qu’elle n’avait pas choisi de vivre dans un bidonville. Qu’elle avait probablement les mêmes rêves qu’elle à son âge. Lui rappeler aussi que les mots ont du sens. Que ce qu’elle prône en rigolant sur Twitter, d’autres le pratiquent. Que les Roms sont victimes de nombreuses violences, cibles de cocktail Molotov, de coups de feu ou d’attaques à l’acide.

Faire taire Alicia sur Twitter n’est pas plus utile que d’enfermer quelqu’un en prison. On risque plus de la conforter dans ses positions que de la faire réfléchir à l’ignominie de ses propos. Parodiant Hugo, je dirais qu’il ne faut pas faire taire tous les propos haineux, mais supprimer le fascisme.

Que faire alors d’Alicia ? La réponse est toujours la même. Argumenter, éduquer. C’est bien plus difficile, ça demande bien plus d’efforts que me mettre une claque, mais je crains que ça soit le seul espoir de vivre un jour dans une société un peu plus juste et fraternelle. « Sois heureuse, libre et fraternelle » conclut Morel. « Ecoutez Jeunesse Démente, Soyez unis pour gagner, L’avenir c’est pas la violence, Mais la solidarité ! » chantaient des poètes des 80’s. J’espère de tout cœur qu’Alicia va rencontrer des gens qui lui apprendront le sens de la Fraternité et de la Solidarité.

J’en profite pour faire une aparté et répondre à une illustration d’Odieux Connard qui a beaucoup circulé au début de l’année. Je trouve le propos plutôt pertinent, hormis évidemment l’illustration présentant les militants antifas comme des abrutis ne pensant qu’à taper les méchants, ce qui aurait une utilité nulle. Je pense pour ma part que pour combattre le fascisme, il faut avoir un livre dans une main et un manche de pioche dans l’autre. On ne convainc certes pas les gens en leur tapant sur la tête. Mais on ne peut pas non plus les convaincre par le verbe si les bottes font régner la terreur et nous dissuadent de sortir. Il est essentiel de défendre l’accès de tous et toutes à l’espace public, cette agora où l’on peut justement débattre. Or les fascistes cherchent à exclure de l’espace public quiconque ne leur revient pas. À force d’agressions, ils dissuadent les gens de s’exprimer. Les filles n’osent plus s’habiller comme elles veulent, les homos se promener main dans la main, etc. La peur tue tout espoir de débat. Et malheureusement on ne dissuade pas un neuneu d’agresser son prochain en lui faisant la morale. Les baffes n’apprennent rien. Mais à défaut elles peuvent dissuader de recommencer à faire des conneries. Sur le long terme, seule l’éducation paiera. Mais à court terme, pour ne pas avoir peur de s’exprimer, il faut parfois faire peur soi même, et distribuer quelques gifles pour éviter d’en prendre. Fin de l’aparté.

Inégalités maternelles

Voici quelques jours, @meregeek a relayé un témoignage sur le sur-effectif dans les classes de maternelle, se terminant par ce terrible constat : « l’inégalité des chances commence là, dans les effectifs pratiqués en maternelle en France ». Une phrase qui résonne tristement avec une conversation entendue la semaine dernière dans les transports. Deux parents parlaient de leurs enfants, scolarisés en maternelle. La première se réjouissait. En petite section, sa fille était dans une classe avec une majorité d’enfants dont le français n’était pas la langue maternelle des parents. Elle avait donc « pris du retard ». Heureusement les parents avaient réussi à l’inscrire dans une autre école l’année suivante, de meilleure réputation, et en travaillant avec la maitresse la fillette avait rattrapé son « retard ». La deuxième gamine s’était elle retrouvée dans une école privée, dès la maternelle, parce que l’école publique du quartier était en travaux, et les enfants éparpillés pour quelques mois dans d’autres écoles. Des conditions pas idéales pour commencer une scolarité, et les parents avaient préféré lui éviter ça en se tournant vers le privé. Mais ils commençaient à s’inquiéter. La maîtresse venait de les convoquer pour expliquer que la gamine de 3 ans avait du mal à apprendre l’alphabet.

Il y a donc des maternelles à bac où dès la petite section, on met la pression sur les mômes pour qu’ils apprennent leurs leçons. Et d’autres où les professeurs sont seuls face à 25 ou 30 gamins qui au début de l’année ne parlent pas français. L’égalité des chances est comme les trois mots gravés sur tous les bâtiments publics : un slogan publicitaire sans aucun lien avec le produit contenu dans l’emballage.

Ces jours-ci, je marche un peu dans les rues de ma banlieue, pour cartographier les réseaux. J’ai remarqué par hasard les papiers scotchés sur les panneaux devant les écoles. Des listes de noms de professeurs malades. Et non remplacés. Les gamins dont les parents ne bossent pas restent chez eux, les autres sont baladés dans d’autres classes, pourtant déjà surchargées.

La République ne fait même pas semblant d’offrir la moindre chance aux enfants des zones de relégation péri-urbaine, via des moyens supplémentaires pour compenser par l’éducation les inégalité de la naissance. Elle les abandonne sciemment.

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